Le microbiote, une clé pour de meilleures performances

En 5 secondes Après les fibres et les protéines, les cyclistes de haut niveau s’intéressent de plus en plus à leur microbiote. Comment pourrait-il améliorer leurs performances?
Le microbiote regroupe des milliards de microorganismes.

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Bactéries, virus, phages, champignons… Notre microbiote regroupe des milliards de microorganismes. «Le corps humain contient des billions de cellules bactériennes qui sécrètent des composés qui interagissent à leur tour avec notre corps», résume Adrian Serohijos, professeur au Département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal.  

Dès la naissance, notre microbiote intestinal se constitue dans le tube digestif en fonction de l’environnement et de l’alimentation. «Le microbiote est fondamental: il a été démontré que l’humain ne peut pas vivre sans ses bactéries», indique le Dr Prévost Jantchou, professeur à la Faculté de médecine de l’UdeM. 

Le microbiote métabolise les aliments et produit des substrats qui servent au corps, lesquels agissent comme sources d’énergie et aident à renforcer la barrière intestinale, et joue un rôle dans la régulation du système immunitaire. «Lorsque nous mangeons, une partie des aliments doit être décomposée en molécules individuelles. Les bactéries participent largement à cette décomposition, ce qui permet ensuite aux nutriments d’être réabsorbés par l’organisme», explique Adrian Serohijos. Certaines bactéries, par exemple, s’attaquent aux fibres pour les transformer en acides gras à chaîne courte. «Nous ne sommes pas capables de faire fermenter ces fibres. C’est le travail des bactéries, qui en échange produisent des acides gras à chaîne courte qui sont essentiels pour notre santé», souligne Manuela Santos, professeure à la Faculté de médecine. 

Pour les sportifs de haut niveau, chaque détail compte pour battre des records. «Comme plusieurs substances sont interdites, les athlètes se tournent vers les autres options qui pourraient améliorer leur capacité à faire une activité de longue durée sans épuisement», avance Prévost Jantchou. Comment le microbiote pourrait-il aider les cyclistes et autres athlètes, et où en sommes-nous dans la recherche? Ces trois experts de l’UdeM nous expliquent.

Une voie à double sens

Depuis plusieurs années, les scientifiques ont constaté que les athlètes avaient un microbiote différent des personnes sédentaires, autant dans sa diversité que dans sa richesse. Ce «meilleur» microbiote favorise-t-il la pratique du sport ou en est-il le résultat? «Ça va dans les deux sens», affirme Adrian Serohijos. Les sportifs ont souvent une bonne alimentation, ce qui assure le maintien d’un microbiote en santé, mais des études laissent entrevoir que certaines bactéries seraient bénéfiques pour la performance. 

Ainsi, une étude sur des marathoniens a mis en lumière la présence de la bactérie Veillonella qui, transplantée sur la souris, augmentait son endurance à la course. «Cette bactérie utilise le lactate produit pendant l’effort comme source d’énergie et le transforme en propionate, un acide gras à chaîne courte. Cette capacité pourrait contribuer à améliorer les performances sportives, même si les mécanismes précis restent à découvrir», estime Manuela Santos. Un autre petit essai clinique s’est penché sur la souche Lactobacillus plantarum, qui semble accroître l’endurance, diminuer la masse grasse et augmenter la masse musculaire. 

Le microbiote, en jouant un rôle dans l’inflammation, pourrait aussi contribuer à une récupération plus rapide et efficace après l’effort, et avoir des effets positifs sur le bien-être psychologique et l’humeur grâce à ses interactions avec le cerveau.

Dans d’autres études, on essaie de comprendre comment les bactéries pourraient aider à gérer le stress gastro-intestinal causé par l’exercice, mais «les résultats varient beaucoup», constate Manuela Santos. 

Pré-, pro-, postbiotiques

Peut-on moduler son microbiote en consommant des suppléments de prébiotiques (soit la nourriture des bactéries), des probiotiques (les souches de bactéries elles-mêmes) ou des postbiotiques (les molécules produites par les bactéries comme les vitamines)? Si les aliments probiotiques (c’est-à-dire des aliments naturellement fermentés, comme le yogourt, le kimchi ou le kombucha) sont bénéfiques pour notre santé intestinale, la prise de suppléments de probiotiques n’est pas complètement éprouvée et son effet reste temporaire. «Certains suppléments ont des bienfaits dans des situations cliniques précises, mais il n'existe pas de preuve solide justifiant leur utilisation régulière chez les personnes en bonne santé ou pour améliorer le microbiote de façon générale. De plus, la viabilité et la quantité réelle de bactéries vivantes dans les suppléments de probiotiques peuvent varier d’un produit à l’autre, ce qui peut influencer leur efficacité», relève Manuela Santos. 

C’est sans compter que l’aliment entier contient d’autres nutriments intéressants. «Si l’on mange des pois chiches, on va avoir des fibres, mais pas uniquement. On ne peut pas dire que prendre des prébiotiques en capsule aura les mêmes effets», poursuit-elle. 

Et les experts préviennent de ne pas tenter la transplantation fécale «maison». «En contexte clinique, ça sauve des vies, mais en dehors de ça je ne la conseille absolument pas!» insiste Manuela Santos. Même dans le cas d’un traitement, cette méthode est complexe, entre autres parce que tous ne sont pas automatiquement de bons donneurs. «On ne sait pas pourquoi», précise-t-elle.

Même si le microbiote est sans aucun doute important pour les sportifs, pour l’instant, la meilleure façon de l’entretenir passe par l’alimentation: fruits et légumes, aliments riches en fibres et fermentés. 

Un domaine mouvant

On est donc loin de la coupe aux lèvres. «C’est un domaine mouvant. Chaque souche est différente et il faut chaque fois faire des études pour démontrer les avantages. De plus, il serait prématuré de faire tester son propre microbiote par des laboratoires privés», prévient Prévost Jantchou. Laboratoires privés qui, d’ailleurs, selon une autre étude, utilisent plusieurs méthodes et arrivent à des résultats différents pour un même échantillon. 

La recherche – la plupart sur des modèles animaux – n’offre aucune réponse définitive. «Il y a peut-être des bactéries qui pourraient améliorer la performance des athlètes, mais comment le faire de façon ciblée? Cette partie est moins claire et l’on ne sait pas à quel point les effets seront mesurables», dit Adrian Serohijos. 

En outre, le lien entre activité physique et microbiote est complexe. La population qui profite le plus de l’amélioration de son microbiote est celle qui pratique une activité physique de façon modérée. «Lorsqu’il y a un niveau d’activité physique très élevé, on note une perte de bienfaits, ce qui est assez paradoxal, notamment une augmentation de la perméabilité de l’intestin», signale Prévost Jantchou. De plus, chaque microbiote est différent, un peu comme une empreinte digitale. «Chaque personne répond différemment à ce qui arrive dans son intestin», rappelle Manuela Santos. Notre microbiote varie également selon plusieurs facteurs: ce qu’on a mangé, le sommeil, la prise d’antibiotiques, l’activité physique, etc.

Ainsi, si la commercialisation de suppléments avance plus vite que la recherche, la science a beaucoup à faire pour obtenir toutes les réponses. «C’est prometteur, mais il va falloir encore plusieurs études pour y parvenir», conclut Manuela Santos. 

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