Du côté des travailleurs, 27 personnes ont rempli le questionnaire sur la santé respiratoire; elles avaient un âge médian de 45 ans et étaient présentes en moyenne 35 heures par semaine à l'intérieur des bâtiments. Une majorité ont rapporté des symptômes ponctuels comme le nez bouché ou une toux légère, bien que 96 % des répondants aient indiqué porter une protection respiratoire. Aucun cas de bronchite chronique ou d'emphysème n'a été signalé parmi les maladies antérieures déclarées.
«L'efficacité de la protection est optimale lorsqu'on porte l'équipement en tout temps au moment d'être exposé à l'ammoniac et aux autres particules», souligne Marie-Lou Gaucher, qui note que les visites de terrain, réalisées uniquement au Québec, ont permis de constater que le port n'était pas toujours constant. Elle précise qu'il est impossible de généraliser cette observation à l'ensemble du Canada, faute de visites similaires dans les autres provinces.
Chez les oiseaux, l'examen vétérinaire n'a révélé aucun signe oculaire ou respiratoire de maladie, malgré l'exposition à l'ammoniac. «Les poulets reproducteurs sont des adultes vaccinés, donc moins fragiles sur le plan respiratoire que le seraient des poussins placés dans le même environnement», dit la vétérinaire pour expliquer cette absence de symptômes apparents.
Par ailleurs, environ 30 % des sujets présentaient des lésions aux pattes, généralement sans gravité, un taux que l'équipe associe au stress environnemental modéré compte tenu de l'âge nettement plus avancé des reproducteurs par rapport aux poulets à griller habituellement étudiés. Le comportement des élevages a néanmoins été jugé normal dans la grande majorité des visites, ce qui serait associé au confort des animaux.
Adapter la régie des bâtiments plutôt que la refondre
Pour Marie-Lou Gaucher, ces résultats ne remettent pas en cause les pratiques d'élevage actuelles, mais fournissent un premier repère chiffré permettant d'orienter des modifications ciblées. «Nous avons maintenant des données qui permettent de savoir ce qu'il est possible de faire; avant, nous ne le savions pas», mentionne-t-elle.
L'étude, réalisée avec l'appui des Producteurs d'œufs d’incubation du Canada, visait précisément à établir ce constat objectif afin de mieux adapter les pratiques existantes plutôt que de sonner l'alarme.
Parmi les pistes envisagées figure un meilleur arrimage entre ventilation, contrôle de l'humidité et gestion de la litière au fil des saisons, en particulier durant les mois froids, où la mise à niveau avec le chauffage est plus difficile. Le port constant de l'équipement de protection individuelle demeure, dans l'intervalle, la recommandation la plus immédiate pour limiter les risques respiratoires chez les travailleurs.
L'équipe entend maintenant orienter de nouveaux projets vers des stratégies adaptées au contexte de production canadien, avec un suivi longitudinal permettant de mieux relier les mesures environnementales aux effets observés chez les travailleurs et dans les élevages.