Tout ce que vous ne saviez pas sur l’antidopage des chevaux

En 5 secondes L’endurance équestre est une discipline où chaque minute compte. Pour gagner, certains cavaliers n’hésitent pas à recourir à des techniques interdites. Tour d’horizon des façons de détecter ce dopage.
Selon la Dre Schambourg, les innovations s’inscrivent dans un mouvement plus large visant à améliorer la santé et le bien-être des chevaux de sport.

Dans les compétitions équestres internationales d’endurance, où les chevaux peuvent parcourir jusqu’à 160 km en une seule journée, la performance ne repose pas seulement sur la vitesse. Elle dépend aussi de la capacité de l’animal à récupérer rapidement et à demeurer en bonne santé.  

Mais comme dans bien d’autres sports, certains cavaliers cherchent parfois à contourner les règles. Pour protéger les chevaux et préserver l’intégrité des compétitions, la Fédération équestre internationale (FEI) s’associe à des équipes de recherche et à des vétérinaires pour élaborer de nouvelles méthodes de détection du dopage.  

La Dre Morgane Schambourg, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et spécialiste en chirurgie équine et en médecine sportive, fait partie du lot. 

De la tromperie basée sur la fréquence cardiaque…

En endurance équestre, les chevaux sont soumis à plusieurs contrôles vétérinaires tout au long de la course, explique la Dre Schambourg. À chaque étape, ils doivent notamment voir leur fréquence cardiaque redescendre sous un seuil précis avant d’être autorisés à repartir. 

Cette exigence ouvre alors la porte à des formes de tricherie. «L’administration de faibles doses de bêtabloquants ou de sédatifs peut ralentir artificiellement le rythme cardiaque et permettre au cheval de franchir plus rapidement cette étape cruciale», note la vétérinaire. 

Le problème? Ces substances disparaissent rapidement de l’organisme. Lorsqu’un prélèvement sanguin est effectué à la fin de la compétition, plusieurs heures plus tard, elles sont souvent devenues indétectables. 

Pour contourner cette difficulté, la FEI a mis au point une nouvelle stratégie de dépistage. 

Pendant la course, un échantillon de salive est prélevé sur certains chevaux au moyen d’un dispositif placé brièvement dans leur bouche. Cet échantillon est ensuite présenté à un chien spécialement entraîné à reconnaître l’odeur de molécules interdites. Si l’animal signale une présence suspecte, un prélèvement sanguin est immédiatement réalisé. Celui-ci pourra ensuite être analysé en laboratoire, alors que la substance est encore détectable. 

«Le chien ne remplace donc pas le contrôle antidopage classique, il agit plutôt comme un outil de présélection permettant de cibler les cas les plus suspects et d’éviter des analyses coûteuses sur l’ensemble des concurrents», souligne la Dre Schambourg. 

… et la douleur 

La lutte contre le dopage ne vise pas uniquement les produits qui améliorent la performance. 

Dans certaines situations, des substances peuvent être utilisées pour diminuer la sensibilité à la douleur d’un membre. Un cheval blessé ou souffrant risque alors de continuer à galoper sans manifester de claudication, aggravant potentiellement une lésion jusqu’à provoquer une fracture. 

Pour répondre à ce problème, la Dre Schambourg a conçu un test d’évaluation de la sensibilité il y a quelques années qui est devenu la méthode de référence de la FEI. 

L’examen consiste à appliquer progressivement une pression sur le membre à l’aide d’un dispositif particulier afin de mesurer à quel moment le cheval réagit. Si sa sensibilité semble anormalement faible, il est retiré de la compétition. 

«Depuis l’introduction de ce test de sensibilité, on observe une diminution très marquée de la fréquence des fractures graves lors des compétitions concernées. L’effet est également dû à son pouvoir dissuasif, le risque accru d’être détecté décourage vraisemblablement des comportements illicites», estime-t-elle. 

La priorité: le bien-être animal

Ces innovations s’inscrivent dans un mouvement plus large visant à améliorer la santé et le bien-être des chevaux de sport, soutient la Dre Schambourg. 

Au cours des dernières années, la FEI a modifié et amendé plusieurs règlements afin de limiter les pratiques pouvant nuire aux animaux. Elle contrôle désormais, par exemple, le serrage des muserolles grâce à un appareil de mesure normalisé et intervient plus fermement lorsque des cas de maltraitance sont observés. 

L’objectif dépasse ainsi la simple lutte contre la tricherie: il s’agit aussi de prévenir les blessures et l’épuisement susceptibles d’être graves, de protéger les chevaux et d’assurer l’avenir même de la discipline, «dans un contexte où les attentes du public à l’égard du bien-être animal sont à juste titre de plus en plus élevées», conclut la vétérinaire. 

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