Contrairement à une cellule animale, une cellule végétale ne peut ni ramper ni se déplacer: elle est emprisonnée dans une paroi rigide, collée à ses voisines pour la vie. Une cellule née au centre d'un jeune fruit s'y trouvera encore quand ce fruit sera mûr.
Par conséquent, lorsque deux tissus soudés l'un à l'autre sont programmés pour croître à des vitesses différentes, aucun des deux ne peut simplement s'écarter, il faut que quelque chose cède. Le tissu rapide met l'autre sous tension; le tissu lent, en retour, le freine.
Une étude dirigée par une équipe de recherche de l'Université de Montréal montre que ce «tiraillement», loin d'être un simple inconvénient, est l'un des outils que la plante utilise pour former son fruit.
Les travaux, menés par l'étudiante de doctorat Binghan Wang sous la direction de Daniel Kierzkowski, professeur au Département de sciences biologiques de l'UdeM et chercheur à l'Institut de recherche en biologie végétale, combinent imagerie en accéléré, microchirurgie, génétique et modélisation informatique, cette dernière technique ayant été mise au point en collaboration avec Richard Smith, du John Innes Centre (Royaume-Uni).
Pourquoi l'arabette des dames?
L'équipe a étudié Arabidopsis thaliana ou arabette des dames, une petite plante que les biologistes utilisent comme modèle de référence depuis des décennies: cycle de vie court, génome bien connu et entièrement séquencé et large boîte à outils génétiques permettant de créer facilement des mutants pour tester une hypothèse. Les découvertes à son sujet éclairent généralement des mécanismes partagés par beaucoup d'autres plantes, comme celles de la famille des brassicacées, dont font partie le canola, le chou, le brocoli, etc.