«Suis-je une bonne mère?»

En 5 secondes Une étude longitudinale menée auprès de familles québécoises jette un éclairage différent sur la dépression postpartum, sa durée et ses pistes de solution.
Selon Élisabeth Morin, le soutien du partenaire est important, mais le soutien social au sens large peut également jouer un rôle protecteur.

Devenir parent représente un bouleversement majeur. À la fatigue et aux changements du quotidien s’ajoutent des questions qui peuvent devenir envahissantes: est-ce que je m’occupe suffisamment bien de mon bébé? Est-ce que je pose les bons gestes? Suis-je à la hauteur?

C’est précisément ce que décrit le concept d’autoefficacité parentale. Il ne s’agit pas simplement de se demander si l’on est une «bonne mère», mais aussi de croire que ses actions ont un effet réel sur le développement et le bien-être de son enfant.

Une vaste étude longitudinale menée auprès de femmes et de familles du Québec s’est intéressée aux liens entre la dépression postpartum et la pratique parentale, et c’est ce sentiment qui ressort comme le facteur le plus fortement associé aux symptômes dépressifs parmi ceux examinés.

Surtout, la relation est bidirectionnelle: les symptômes dépressifs sont liés à une diminution du sentiment d’efficacité parentale, mais un sentiment d’efficacité plus faible est lui-même associé à davantage de symptômes dépressifs.

Cette étude a été effectuée par Élisabeth Morin, alors étudiante au doctorat dirigée par Natalie Castellanos Ryan, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal. Elle visait à mieux comprendre la symptomatologie dépressive maternelle et les effets modérateurs de l’allaitement et du soutien du partenaire.

Des facteurs protecteurs

D’une part, l’allaitement maternel a montré des effets modérateurs limités, c’est-à-dire qu’il ne réduit pas de façon marquée les associations entre les symptômes dépressifs et les pratiques parentales. D’autre part, les résultats montrent que, lorsque les femmes perçoivent davantage de soutien de leur partenaire, le lien entre la diminution du sentiment d’efficacité parentale et les symptômes dépressifs est atténué. Le soutien du partenaire semble également favoriser une baisse des symptômes dépressifs.

«Ce soutien ne se limite pas à “être là”. Il doit prendre différentes formes comme participer aux soins du bébé ou offrir du soutien émotionnel. Bien souvent, les partenaires se sentent aussi démunis devant leur nouveau rôle. D’où l’importance de les outiller et de leur rappeler que leur participation compte», indique Élisabeth Morin.

Le soutien du partenaire est important, mais le soutien social au sens large peut également jouer un rôle protecteur, ajoute-t-elle.

Un continuum

Selon Élisabeth Morin, qui est aujourd’hui coordonnatrice du laboratoire de simulation de la Faculté des arts et des sciences, l’un des messages importants de cette étude est peut-être celui-ci: la dépression postpartum ne s’arrête pas au premier anniversaire de l’enfant.

La cohorte suivie par l’équipe compte environ 1500 femmes et familles qui ont été suivies de la grossesse jusqu’à différents moments de la vie de l’enfant, notamment à un, deux et quatre ans, puis pendant l’adolescence. Cette perspective à long terme permet de voir des changements qui échapperaient à une étude limitée aux premiers mois suivant l’accouchement.

Au 24e mois de l’enfant, plus du tiers des femmes suivies présentaient encore des niveaux élevés de symptômes dépressifs. L’équipe a de plus observé que certains liens avec le sentiment d’efficacité parentale persistaient à ce stade.

«Une mère peut aller relativement bien au départ et voir apparaître des difficultés plus tard. La situation peut en outre évoluer au fil des changements propres aux premières années de vie de l’enfant. Donc, nous plaidons pour un suivi qui dépasse la première année. Le postpartum est souvent présenté comme une période limitée dans le temps, alors que la transition vers la parentalité comporte des transformations psychologiques, sociales et identitaires qui se poursuivent bien au-delà», soutient Natalie Castellanos Ryan, également chercheuse à Santé Québec – CHU Sainte-Justine.

Une place pour la psychoéducation

Pour l’équipe de recherche, ces résultats soulignent l’importance d’interventions précoces ciblant l’autoefficacité et la régulation émotionnelle, en particulier chez les mères qui ont un soutien limité de la part de leur partenaire, puisque ces facteurs peuvent être associés à la persistance des symptômes dépressifs postpartum et à des pratiques parentales moins optimales.

L'équipe considère que cette perspective ouvre la porte à une plus grande présence de la psychoéducation en périnatalité. «Plutôt que de dépister les difficultés liées à la santé mentale maternelle uniquement après l’apparition de symptômes, on peut agir en amont, en renforçant le sentiment d’efficacité, en soutenant les parents et en maintenant le suivi plus longtemps», conclut Élisabeth Morin.

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