Sarah R. Champagne: accompagner la relève journalistique avec passion et rigueur

En 5 secondes Journaliste spécialisée en immigration au «Devoir», Sarah R. Champagne devient professeure invitée au DESS en journalisme au Département de communication de l'UdeM.
Sarah Champagne, professeure invitée du D.E.S.S. en journalisme à l'Université de Montréal

Elle a suivi les routes migratoires du chemin Roxham jusqu'à la frontière sud des États-Unis et au-delà, coscénarisé le documentaire Essentiels sur la réalité des demandeurs d’asile et des travailleurs temporaires au Québec, et signé des reportages dans une quinzaine de pays pour Le Devoir, La Presse, L'actualité, Québec Science ou le site Web d’information politique à but non lucratif The Texas Tribune.  

À compter de cet automne, la journaliste Sarah R. Champagne met son expérience de terrain au service de la relève à titre de professeure invitée au Département de communication de l'Université de Montréal, où elle enseigne au diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en journalisme. 

Une réputation forgée sur le terrain 

Depuis son entrée au Devoir en 2014, Sarah R. Champagne s'est imposée comme l'une des voix de référence sur les questions migratoires: le succès de son documentaire lui a valu le grand prix Judith-Jasmin en 2022 de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ainsi qu’un prix Judith-Jasmin dans la catégorie Politique et enjeux de société. Il a aussi été en nomination aux prix Gémeaux, aux Zapettes d'or et aux prix Droits et Libertés de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. 

Ayant travaillé sur quatre continents, elle a publié aussi bien en français qu'en anglais et en espagnol, notamment dans Nouveau Projet, Beside, Geist, Verdad Abierta et The Monitor. De même, elle a occupé les postes d'édimestre et de collaboratrice radio à Radio-Canada, en plus de contribuer à deux ouvrages collectifs.

Une formation qui a façonné sa pratique

Revenir à l'UdeM comme professeure invitée a des airs de retour aux sources: c'est ici que Sarah R. Champagne a fait ses classes en obtenant un baccalauréat en études internationales et un certificat en journalisme. 

Sa formation s’est poursuivie quelques années plus tard à l'Université de la Caroline du Nord, où elle a fait une maîtrise en journalisme et un certificat d'études supérieures en paix internationale et résolution de conflits – un détour qui marquera durablement sa manière de couvrir le monde. 

«Grâce à une bourse pour la paix du Rotary International, j’ai pu côtoyer pendant deux ans une trentaine d'autres boursiers venus de partout, dont d'Éthiopie, du Kirghizstan ou du Nagaland, en Inde – des gens qui ont vécu la guerre dans leur chair, que j’ai appris à connaître et qui m’ont beaucoup appris sur moi-même», raconte-t-elle.  

Son séjour en Caroline du Nord s'est déroulé durant le premier mandat de Donald Trump, dans un climat de polarisation et de désinformation qui lui a fait voir les enjeux migratoires à une échelle continentale. 

La rigueur, gage de crédibilité  

Optimiste dans l’âme, Sarah R. Champagne refuse le fatalisme face aux crises que vit le journalisme depuis un certain moment. «Je vois le journalisme comme un métier trépidant, où il y a encore de la place pour les grands esprits», affirme-t-elle. 

La désinformation n'est pas non plus, selon elle, un phénomène nouveau: elle est plutôt devenue visible et mesurable – une raison de plus pour miser sur la rigueur journalistique. 

Cela dit, dans un contexte de surinformation, elle attend de ses étudiantes et étudiants une grande capacité d'organisation. Pour ce faire, elle a instauré une revue de presse afin de structurer leur suivi de l'actualité et compte les pousser vers le terrain: assister en personne à une conférence de presse permet d'avoir des conversations qu’une webdiffusion ne permet pas nécessairement. 

«Aller sur le terrain, ça exige du cran et il ne faut pas avoir froid aux yeux parce qu'on va parfois rencontrer des gens qui sont fâchés: les journalistes ne sont pas là pour se faire aimer», insiste Sarah R. Champagne. 

En professionnelle de l’information chevronnée, elle estime par ailleurs que «la rigueur et l’exigence de la précision distinguent le journalisme du reste du bruit». Elle applique ces principes aussi bien aux chiffres et aux statistiques, qui peuvent être politisés selon la façon dont on les présente, qu'à l'intelligence artificielle: «Il faut acquérir des compétences et les maîtriser pour mieux s'en servir», indique-t-elle. 

Le désir d'informer… depuis l'enfance!

À titre de professeure invitée, Sarah R. Champagne occupe un rôle plus large que celui d'une chargée de cours: elle représente le DESS en journalisme et anime la vie du programme, notamment par des séances de réseautage pour ouvrir la voie à des stages. Elle donne les cours Analyse de la pratique journalistique et Journalisme d'enquête, en plus d'encadrer les travaux de création journalistique. 

Elle se décrit volontiers comme une «praticienne en résidence», à l'image des résidences offertes aux artistes. Elle voit justement le DESS comme un espace où la pratique et la réflexion se rencontrent et s’enrichissent. Ses cours, articulés autour de mises en situation et de débats qu'elle juge «essentiels et stimulants», demandent aux étudiantes et aux étudiants d’entrevoir le type de journalisme qu'ils souhaitent pratiquer et pourquoi. «Je veux qu’ils sortent de mes cours en se disant “Voici jusqu'où je suis allé, voici jusqu'où je peux aller”», explique-t-elle. 

Ce désir de transmettre ne date d’ailleurs pas d'hier. Dès la sixième année, à l’école primaire du village de Saint-Vallier de Bellechasse d’où elle est originaire, Sarah R. Champagne avait fondé son journal scolaire, tapé sur l'un des seuls ordinateurs du village et reproduit à la photocopieuse. Un geste modeste qui annonçait déjà, dit-elle, «ce désir d'être journaliste»! 

Mère de deux jeunes enfants, dont un bébé d’un an, Sarah R. Champagne mène de front l'écriture d'un livre et la recherche préalable à la préparation d'un nouveau documentaire. Elle est en pause du Devoir, mais garde son statut de membre de la rédaction, histoire de ne pas couper les ponts avec le terrain. Reste que c'est pour l’instant vers la relève qu'elle dirige son énergie: «Je vais être là sur la durée, pour accompagner les étudiants et les étudiantes, pour être mentore quand il le faut – et j'ai hâte de tenir ce rôle», conclut la professeure invitée.

Partager