La relation pédagogique, une compétence à développer chez les nouveaux professeurs

En 5 secondes Considérée comme une compétence à part entière, la relation pédagogique fait l’objet d’un atelier qui rallie la grande majorité des nouveaux professeurs de l’UdeM à leur semaine d’accueil.
Établir une bonne relation pédagogique n'est pas une affaire de charisme ou d'extraversion naturelle: cela relève avant tout de la pédagogie – un ensemble de stratégies, d'attitudes et de routines qui s'apprennent et peuvent être reproduites.

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Les nouveaux profs sont arrivés! Article 69 / 72

Devant un groupe encore inconnu, une nouvelle professeure ou un nouveau professeur de l’Université de Montréal se demande souvent par où commencer: distribuer le plan de cours, se présenter longuement ou aller droit au contenu? 

C’est cette incertitude, et la relation qui se construit dès les premières minutes d’un cours, qui amène les nouveaux et nouvelles membres du personnel enseignant de l’UdeM à s’inscrire à l’atelier «Connecter avec les personnes étudiantes d’aujourd’hui». 

Offert durant la Semaine d’accueil institutionnel du nouveau personnel enseignant, à la fin août, cet atelier fait partie des thèmes du programme de formation continue «Enseigner à l’Université de Montréal: stratégies et outils» du Centre de pédagogie universitaire (CPU). 

«La dimension de la relation pédagogique est un aspect souvent négligé du métier d’enseignant universitaire, alors qu’elle est un facteur établi de réussite et de rétention étudiantes», explique Yohann Cesa, qui anime l’atelier au CPU. 

Chef de section par intérim du secteur de la formation au CPU, Maude Belleville connaît bien cette réalité, car elle est elle-même chargée de cours à la Faculté des sciences de l’éducation.  

«On se pose beaucoup de questions quand on débute en enseignement universitaire, confie-t-elle. On se demande comment aborder les étudiants et étudiantes, comment les intéresser…»  

Une compétence, pas un trait de caractère

Le message central de l’atelier rassurera plusieurs recrues du personnel enseignant: la relation pédagogique n’est pas une question de personnalité.  

«Un enseignant n’a pas besoin d’être naturellement charismatique ou extraverti pour établir un bon lien avec ses étudiants, précise Yohann Cesa. Il s’agit plutôt d’une question de pédagogie, faite de dispositions et d’intentions, de stratégies, de gestes, d’attitudes et de routines qui peuvent s’apprendre et être reproduites.» 

Cette idée s’appuie sur des données probantes. Une étude réalisée aux États-Unis en 2023 auprès d’environ 23 000 personnes inscrites à des cours de mathématiques relevant au Québec de l'enseignement collégial a mesuré le poids relatif de plusieurs facteurs dans la réussite étudiante. Les pratiques de l’enseignant comptaient pour environ 34 % de l’explication de la réussite, alors que l’origine sociale des apprenants pesait pour 7 % et le type d’établissement fréquenté pour 11 %. 

Ces résultats illustrent ce que Yohann Cesa cherche à transmettre dans son atelier. «Ce ne sont pas des qualités innées qu’on demande aux nouveaux professeurs et professeures, mais des pratiques concrètes, qu’on peut décrire, enseigner et mettre en œuvre dès le premier cours», mentionne-t-il. 

Des gestes simples, dictés par la recherche

L’atelier propose une série de gestes à faible coût, en temps comme en énergie, qui contribuent à établir une relation de qualité avec les étudiantes et étudiants.

Être prêt 15 minutes avant le début du cours afin d’être disponible pour accueillir le groupe en est un exemle, de même que le simple fait de parler avec lui de son actualité scientifique ou de ses expériences personnelles en lien avec la matière enseignée. Un sondage transmis avant le premier cours permet aussi de recueillir de l’information sur la motivation des étudiants et des étudiantes, leurs appréhensions à l’égard de la matière ou leurs conditions de vie. 

«Ça permet à l’enseignante ou l’enseignant d’adapter ses exemples à la réalité de son groupe, dit Yohann Cesa. Et ça donne à la classe le sentiment qu’elle est écoutée.»  

«L’attention qu’on accorde aux étudiants laisse une trace durable, poursuit Maude Belleville. Quand ils sentent qu’ils comptent pour nous, ça change leur rapport au cours.» 

L’ensemble de ces pratiques peut se résumer par l’acronyme IDEES: informer régulièrement et par différents moyens; dédramatiser en normalisant la difficulté; encourager; expliciter les attentes, la pertinence et le sens des apprentissages; socialiser en multipliant les occasions de rencontre, qu'il s'agisse d'échanges avec l’enseignante ou l’enseignant ou entre les étudiantes et étudiants eux-mêmes. 

Le piège du plan de cours 

L’atelier insiste sur une pratique fréquente, soit celle de commencer la première séance en distribuant le plan de cours. 

Cette pratique très répandue peut priver l’enseignante ou l’enseignant d’une occasion précieuse d’établir d’abord un lien avec le groupe, selon Maude Belleville et Yohann Cesa. 

Ils proposent d’inverser l’ordre habituel: l’enseignant donne le ton en suscitant la curiosité dès les premières minutes, puis invite les étudiants à partager anonymement leurs impressions, leurs champs d'intérêt et leurs questions à l’égard de la matière. La professeure ou le professeur présente ensuite sa propre inclination pour la discipline et les grandes questions que le cours permettra d’aborder, avant de proposer une première expérience d’apprentissage. Elle ou il peut aussi faire des liens avec le questionnaire transmis avant le début du cours.  

«Ce n’est qu’à cette étape que le plan de cours entre en scène, présenté comme une démonstration de la pertinence du contenu plutôt qu'un point de départ administratif, souligne Yohann Cesa. La séance peut se conclure par un temps de questions et un rappel des disponibilités de l’enseignant pour que les étudiants quittent la salle avec le sentiment d’avoir été écoutés.» 

Cet engouement des nouveaux et nouvelles membres du corps professoral de l’UdeM pour l’atelier rejoint d’ailleurs ce que Maude Belleville entend directement de la bouche de ses étudiantes et étudiants lorsqu’elle leur demande ce qu’ils apprécient dans un cours. «Discuter, échanger et être actifs, c’est l’expérience humaine et concrète qu’ils recherchent», conclut-elle. 

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