Des ergothérapeutes en première ligne

En 5 secondes Un projet de recherche évalue l’intégration d’ergothérapeutes dans des GMF pour améliorer les services offerts aux personnes qui sont en arrêt de travail en raison d’un trouble mental.
L’approche s’inscrit dans une tendance plus large à favoriser l’interdisciplinarité en première ligne.

Les troubles anxieux et dépressif peuvent rendre difficiles l’ensemble des activités de la vie quotidienne, qu’il s’agisse de se lever le matin, faire l’épicerie, préparer les repas ou accomplir les tâches liées à son emploi.  

Or, lorsque les obligations professionnelles deviennent trop lourdes ou qu’un arrêt de travail devient nécessaire, les médecins de famille et les infirmières praticiennes spécialisées et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) se retrouvent souvent en première ligne pour accompagner leurs patients. Avec des ressources limitées et des cas de plus en plus complexes, ces professionnels ne disposent toutefois pas toujours des outils pour soutenir adéquatement une personne en arrêt de travail. 

C’est dans ce contexte qu’un projet de recherche financé par les Instituts de recherche en santé du Canada explore une avenue différente: intégrer des ergothérapeutes directement dans les groupes de médecine de famille (GMF) pour améliorer l’accès public à des services de réadaptation au travail. 

Une double mission 

L’initiative est portée par Brigitte Vachon et Quan Nha Hong, professeures à l’École de réadaptation de l’Université de Montréal, et leur étudiante de doctorat Justine Labourot. Commencé en 2025, le projet se déroule dans trois GMF situés dans les régions de Montréal, de Québec et des Laurentides. Les milieux sont différents afin d’observer comment l’intégration de l’ergothérapie se déroule dans des contextes variés. 

Le projet cherche principalement à comprendre l’acceptabilité des interventions en ergothérapie dans ce contexte: comment les patients perçoivent-ils ces services? Comment les ergothérapeutes vivent-ils leur rôle? Qu’en pensent les médecins et les autres professionnels du GMF? Et quels éléments propres à la culture et au fonctionnement de chaque milieu peuvent faciliter ou compliquer l’intégration de cette nouvelle expertise? 

Les chercheuses recueillent notamment les témoignages de personnes qui bénéficient des services d’ergothérapie afin de mieux comprendre leur expérience et de répertorier les effets de l’intervention sur leur rétablissement et leur retour au travail. 

Une profession holistique

Pour les chercheuses, l’expertise d’un ergothérapeute dans la prise en charge d’un arrêt de travail causé par un trouble anxieux ou dépressif tombe sous le sens. 

«Les ergothérapeutes sont spécialisés en analyse de l’activité, explique Brigitte Vachon. On évalue la capacité et les difficultés des gens à réaliser leurs activités du quotidien et leur travail, mais aussi leurs forces. On souhaite comprendre pourquoi la personne n’arrive plus à satisfaire aux exigences de son travail. Quels sont les facteurs de l’environnement qui font obstacle au retour au travail? Est-ce que les tâches sont adaptées aux capacités de la personne? Ou est-ce une combinaison de plusieurs facteurs?» 

Autrement dit, leur rôle ne consiste pas uniquement à déterminer ce qu’une personne est en mesure ou non de faire. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi une activité est devenue difficile. Et l’ergothérapeute cherche à répondre à ces questions en observant l’ensemble de la situation, les interactions entre la personne, son environnement et les activités qu’elle doit accomplir. Les ergothérapeutes peuvent de plus collaborer avec les employeurs afin de mettre en place les mesures nécessaires pour favoriser un retour progressif au travail qui respecte les capacités de la personne. 

«Une personne peut aller mieux sur le plan de ses symptômes sans être immédiatement capable de reprendre son horaire ou ses responsabilités habituelles, ajoute Justine Labourot. Il peut alors être nécessaire d’adapter temporairement ses tâches, son environnement ou son rythme de travail.»  

Une vision multidisciplinaire 

L’approche s’inscrit ainsi dans une tendance plus large à favoriser l’interdisciplinarité en première ligne. Physiothérapeutes, psychologues et travailleurs sociaux, entre autres, prennent progressivement une place aux côtés des médecins et des IPS. 

Brigitte Vachon et Justine Labourot souhaitent que les ergothérapeutes rejoignent cette mouvance et que leur rôle soit démocratisé auprès des autres professionnels, notamment parce que cette profession a une grande visée préventive.  

«L’ergothérapeute peut intervenir bien avant qu’une situation se détériore, par exemple en contribuant à déterminer si un arrêt de travail est réellement nécessaire ou si certaines modifications du travail ou de l’environnement pourraient permettre à une personne de continuer ses tâches malgré ses difficultés», note la professeure. 

C’est précisément l’objectif du projet: non seulement démontrer ce que l’ergothérapie peut apporter aux personnes aux prises avec des enjeux de santé mentale, mais aussi comment cette expertise peut trouver sa place au cœur de la première ligne. 

En outre, cette nouvelle présence en GMF accroît l’accessibilité à des services qui sont actuellement plus souvent associés au secteur privé.

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