La relève en musique électroacoustique de l’Université de Montréal s’est particulièrement démarquée au concours national Jeu de temps / Times Play (JTTP) 2026. Quatre œuvres liées à la Faculté de musique figurent au palmarès principal, dont celle d’Alex Brisson, étudiant de baccalauréat en musique numérique, qui remporte le premier prix. Trois autres distinctions thématiques viennent s’ajouter à cette récolte.
Organisé par la Communauté électroacoustique canadienne, le JTTP vise à soutenir et à faire connaître les créations de jeunes artistes électroacoustiques et d’artistes émergents du Canada ou qui y résident. Pour sa 27e édition, le concours a retenu des œuvres explorant des approches aussi diverses que la synthèse, la vidéomusique, le traitement en temps réel, la rétroaction et la spatialisation sonore.
Un premier prix pour Alex Brisson
Alex Brisson a gagné le premier prix pour A a Ba A ɓA Bɐ, une œuvre de 8 minutes qui repose principalement sur la synthèse cybernétique, aussi appelée «synthèse par rétroaction». Dans cette approche, le son produit agit sur sa propre source, ce qui permet de créer des timbres complexes. L’étudiant transpose également cette idée de rétroaction à la structure de l’œuvre: des motifs apparaissent, reviennent, se transforment et finissent par laisser des traces dans les sections qui suivent.
Cette distinction vient couronner sa formation en musique électroacoustique. Compositeur de musique acousmatique sur support fixe, Alex Brisson s’intéresse particulièrement à l’abstraction, à la forme et aux possibilités de l’outil numérique. Il a notamment étudié auprès de Martin Bédard et de Nicolas Bernier.
De la matière sonore à l’univers musical
Le deuxième prix a été attribué à Maurice-Gaston Du Berger pour Noir de Mars. L’œuvre de 8 minutes 40 secondes fait émerger, à partir de sons exclusivement acoustiques, un univers où le réel et l’improbable se rencontrent. «J’ai plusieurs collègues et amis qui trouvent ça très sombre. Moi, je trouve ça plutôt lumineux», dit le compositeur, qui évoque «la lumière de matins voilés d’hiver».
Sa démarche de composition commence directement avec la matière sonore. Plutôt que de partir d’une idée musicale qu’il chercherait ensuite à transposer, Maurice-Gaston Du Berger collectionne des sons, comme une basse frappée, des ongles sur un tapis. «Ensuite je me mets à les transformer et à les agglomérer. Et je finis par arriver à un point où je crée de petits univers sonores qui ont chacun leur personnalité. Je vois comment ces petites bulles-là peuvent s'agencer, comment bâtir un univers cohérent et un plan dramatique à travers cela», indique-t-il.
Ce processus témoigne aussi du croisement entre les différentes formations du compositeur. Après avoir étudié la composition avec José Evangelista à l’Université de Montréal et fait une maîtrise sous la direction d’Ana Sokolović dans les années 2010, Maurice-Gaston Du Berger est revenu à la Faculté de musique en 2024 pour entreprendre des études en musique numérique.
La création sonore sous toutes ses formes
Deux autres membres de la communauté étudiante de la Faculté de musique de l’UdeM se partagent le quatrième prix du JTTP.
Étudiant de maîtrise en composition et création sonore, A. C. Riznar est récompensé pour Filandre, une œuvre vidéo de 7 minutes qui lui a également valu le prix Jean Piché, consacré à la vidéomusique, aux nouveaux médias et au creative coding. La pratique d’A. C. Riznar s’intéresse aux textures, aux superpositions d’images et de récits ainsi qu’aux processus intuitifs et automatiques.
Hugo Menchi, ancien étudiant en musique numérique de l’Université, obtient pour sa part le quatrième prix ex æquo pour Ouroboros. L’œuvre de 12 min 50 s entraîne l’auditeur dans un paysage intérieur où se brouillent progressivement les frontières entre conscience, mémoire et imagination.
Un étudiant et un diplômé de la faculté ont aussi reçu des prix thématiques. Alexandre Sasset-Blouin, étudiant de maîtrise en composition et création sonore sous la direction de Nicolas Bernier, a obtenu le prix Martin Gotfrit et Martin Bartlett pour Permutations. L’œuvre explore la rétroaction, le bruit et l’instabilité contrôlée à partir d’un quintette de consoles de mixage sans entrée. Chaque interprétation conserve ainsi une part d’imprévisibilité.
Enfin, le prix Yves Gigon, remis pour l’œuvre électroacoustique la plus outrageous, a été décerné à Lauré Lussier, diplômé de l’UdeM, pour Strange Symphony. L’œuvre de 38 minutes constitue le premier volet d’un triptyque et met en interaction des textures autonomes au sein d’un même espace musical.
Vous pouvez écouter l’ensemble des œuvres primées sur cette page: https://jttp.ca/2026/index.html.