Des spécialistes du non-verbal veulent repérer tôt les meilleurs chiens Mira

  • Forum
  • Le 8 octobre 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Ce chiot sera-t-il un bon chien-guide? C'est la question qui intéresse les chercheurs.

Ce chiot sera-t-il un bon chien-guide? C'est la question qui intéresse les chercheurs.

Crédit : Mira

En 5 secondes

Une équipe de chercheurs en éthologie veut reconnaître les meilleurs chiots destinés à devenir des chiens-guides et d’assistance.

Un chien-guide qui a peur d’un coup de tonnerre ou d’un véhicule qui freine brusquement à ses côtés peut mettre en danger la personne qu’il accompagne. «L’animal peut figer sur place ou avoir le réflexe de fuir pour éviter la situation. Ce sont des comportements qu’on veut éviter chez les chiens-guides et les chiens d’assistance afin de garantir la sécurité des bénéficiaires», explique Nicolas Dollion, qui vient de publier un article sur le sujet dans Applied Animal Behaviour Science avec six coauteurs dont Pierrich Plusquellec, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.

Dans l’article intitulé «Fear/Reactivity in working dogs: an analysis of 37 years of behavioural data from the Mira Foundation» («Peur/réactivité chez les chiens d’utilité: une analyse de 37 années de données comportementales de la Fondation Mira»), les chercheurs ont passé en revue une base de données regroupant les observations sur plus de 5000 chiens faites entre 1987 et 2016. Les animaux qu’ils ont étudiés sont qualifiés de «chiens-guides» lorsqu’ils assistent des personnes souffrant d’un handicap visuel et de «chiens d’assistance» lorsqu’ils viennent en aide aux personnes polyhandicapées et aux enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme.

«Le Saint-Graal de la recherche comportementale chez le chien est la prédictibilité de sa personnalité adulte basée sur ses comportements en bas âge», peut-on lire dans cet article. Certains traits de personnalité comme l’agressivité, la distractibilité, la tendance à l’agression et la peur pourraient être détectés dès l’âge de six à huit semaines. Mais les méthodes pour y parvenir sont encore imprécises et c’est là-dessus que l’équipe du Centre d'études en sciences de la communication non verbale et ses partenaires s’est penchée.

Les résultats dégagés valident le caractère prédictible de la peur à l’âge adulte. L’une des observations des chercheurs tend à confirmer que les races de chiens avec lesquelles travaille actuellement la Fondation Mira (labrador, bouvier bernois, labernois et saint-pierre) conviennent à la tâche. «Ces chiens sont très peu peureux, en plus d’avoir d’excellentes capacités d’apprentissage», mentionne M. Dollion. L’étude rapporte que d’autres races comme le caniche royal, le bouvier des Flandres et le golden retriever, malgré leurs qualités, sont plus instables. Elles ne sont plus utilisées par la Fondation, qui met à la disposition de personnes en situation de handicap, aveugles ou autistes quelque 200 chiens par année.

Une solution préventive

Dans la recherche entamée il y a deux ans à la demande de la Fondation Mira, les chercheurs avaient pour mandat de déterminer s’il était possible de reconnaître les chiens qui manifesteront des comportements problématiques lorsqu’ils seront en fonction à l’âge adulte. Il en coûte jusqu’à 35 000 $ pour former un chien et l’entraîner; on souhaite donc repérer les individus qui ne feront pas l’affaire. «La Fondation Mira possède un chenil où les meilleurs reproducteurs sont nourris et logés. Mais il arrive que des chiots ne présentent pas un profil idéal pour devenir chiens-guides ou d’assistance une fois adultes. Il est donc très avantageux de le savoir tôt», reprend M. Dollion, qui a fait de ce sujet son postdoctorat à l’UdeM après avoir obtenu un doctorat en psychologie cognitive et éthologie en France.

La prochaine étape, évoquée dans l’article, consiste à trouver un moyen de prévenir les comportements déviants en utilisant des techniques éprouvées en psychologie humaine et éthologie: la désensibilisation. «Nous pensons que le fait de mettre les chiots en contact avec des bruits de circulation de façon précoce pourrait les aider à se familiariser avec ces stimulus. Les réactions de peur pourraient s’amenuiser», donne-t-il comme exemple.

Riche base de données

Les chercheurs ont pu s’appuyer sur les tests comportementaux de la Fondation et les observations de centaines de «parents adoptifs» qui ont été interrogés à plusieurs reprises sur le comportement des chiens. Les questionnaires sont remplis lorsque l’animal a 6 mois et quand il atteint 12 mois. Il faut savoir que ces chiens passent leur première année de vie dans des familles d’accueil. Ils retournent ensuite à la Fondation afin d’être évalués de nouveau au moyen d’une série de tests comportementaux conçus par la Fondation Mira. C’est alors seulement que le chien commencera son entraînement.

Pierrich Plusquellec

Crédit : Amélie Philibert

Le professeur Plusquellec insiste sur l’excellente collaboration de la Fondation Mira, qui s’ouvre du même coup à la communauté scientifique. «Nous avons eu accès à une véritable mine d’or, commente-t-il. Il n’existe aucune base de données de cette ampleur ailleurs dans le monde.»

Dans leur conclusion, les auteurs soulignent le potentiel énorme de ces données, provenant de la Fondation Mira et de particuliers, pour aider les universitaires désireux de «mieux comprendre les facteurs qui influencent la personnalité des chiens et leur pertinence pour l'entraînement de ces animaux».