Une intervention de groupe aide les personnes avec un trouble mental grave à trouver un emploi

  • Forum
  • Le 29 janvier 2020

  • Martin LaSalle
Lorsque l'on combine une intervention cognitivo-comportementale de groupe avec un programme de soutien à l'emploi pour les personnes vivant avec un trouble mental grave, leur taux de placement grimpe à 75 % et la plupart des participants obtiennent un emploi de qualité.

Lorsque l'on combine une intervention cognitivo-comportementale de groupe avec un programme de soutien à l'emploi pour les personnes vivant avec un trouble mental grave, leur taux de placement grimpe à 75 % et la plupart des participants obtiennent un emploi de qualité.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Une intervention de groupe permet d’améliorer l’efficacité des programmes de soutien à l’emploi destinés aux personnes vivant avec un trouble mental grave, selon une étude de Tania Lecomte.

Environ la moitié des personnes qui vivent avec un trouble mental grave ‒ comme la psychose ou la schizophrénie ‒ parviennent à trouver un travail lorsqu’elles participent à un programme de soutien à l’emploi.

Or, en combinant ces programmes avec une intervention cognitivo-comportementale de groupe, le taux de placement grimpe à 75 % et la plupart des participants obtiennent un emploi de qualité.

C’est ce que révèle une étude publiée dans la revue Schizophrenia Research, réalisée par Tania Lecomte, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et par les professeurs Marc Corbière, de l’Université du Québec à Montréal, et Paul Lysaker, de l’Université d’Indianapolis.

L’équipe de chercheurs a bénéficié de la collaboration de cinq organismes montréalais* qui offrent un programme de soutien à l’emploi dans le recrutement des 164 personnes qui ont consenti à prendre part à l’étude.

Parmi les participants, 60 % étaient des hommes âgés en moyenne de 36 ans. Près de 1 sur 8 (79 %) vivait seul. Globalement, près de 6 personnes sur 10 (58 %) étaient atteintes de schizophrénie et 1 sur 5 (19 %) d’un trouble de l’humeur, telle la dépression.

Une intervention de groupe de courte durée

Tania Lecomte

Crédit : Benjamin Seropian

La moitié des participants ont pris part au module d’intervention cognitivo-comportementale pour le soutien à l’emploi (TCC-SE), élaboré par les professeurs Lecomte, Corbière et Lysaker. Les participants qui composaient le groupe témoin recevaient les services usuels offerts au sein des programmes de soutien à l’emploi.

Les huit séances du module se sont échelonnées sur un mois, à raison de deux rendez-vous d’une heure par semaine durant la période de recherche d’emploi.

Réunis en groupe de cinq à sept personnes, tous disposaient d’un cahier d’exercices contenant de l’information sur chacune des huit activités dirigées par deux intervenants de même que des exercices à effectuer chez soi.

Ces activités visaient l’amélioration de leur capacité à surmonter les difficultés susceptibles de survenir en contexte d’emploi: comment se présenter en entrevue et se mettre en valeur, composer avec le stress au travail, avec les biais de perception et les stigmates sociaux, et comment construire de meilleures stratégies d’adaptation.

Des améliorations impressionnantes

Dans l’année qui a suivi le début de l’étude, trois participants sur quatre (75 %) à l’intervention de groupe avaient trouvé au moins un emploi de qualité, comparativement à 58 % parmi les participants du groupe témoin ‒ soit une efficacité supérieure de 18 %!

De plus, les participants à l’intervention de groupe ont travaillé 24 heures par semaine en comparaison de 18 heures dans le groupe témoin.

«Cette amélioration de six heures de travail hebdomadaires change la donne, car elle permet de ne plus dépendre de l’aide sociale, commente Tania Lecomte. Au final, il en découle une amélioration de la perception de soi, une plus grande autonomie et le sentiment de contribuer à la société.»

Autre aspect non négligeable, les symptômes négatifs associés au trouble mental ‒ démotivation, manque d’intérêt et ralentissement moteur par exemple ‒ avaient aussi diminué un an après le début de l’étude.

L’ensemble de ces résultats positifs repose aussi sur l’effet de normalisation que le module de TCC-SE entraîne chez les participants, selon Mme Lecomte.

«À travers les séances, ils constatent qu’ils ne sont pas les seuls à vivre des situations difficiles et cela leur permet de partager des stratégies et de s’entraider ‒ ce qui est un moteur très puissant vers l’amélioration de leur situation», conclut la spécialiste des interventions pour les personnes aux prises avec un trouble mental.

Vers une formation pour les intervenants

Élaboré par Tania Lecomte, Marc Corbière et Paul Lysaker, le module de TCC-SE est inspiré de l’Indianapolis Vocational Intervention Program, mis au point par le professeur Lysaker. Ont aussi collaboré à l’étude Charles-Édouard Giguère, du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et Debra Titone, de l’Université McGill.

Si d’autres données recueillies au cours de l’étude restent à analyser, la prochaine étape pour Tania Lecomte est la conception d’une formation destinée aux intervenants des divers milieux engagés dans l’amélioration de l’employabilité de ces personnes.

 

* Les agences qui ont participé à l’étude sont L’Arrimage Montréal, IPS Douglas, L’Avancée, Accès-Cible et la clinique JAP du CHUM.