Mouvements de population à Rivière-Saint-Paul

Rivière-Saint-Paul

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Crédit : Saraí Barreiro Argüelles

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Des vestiges archéologiques attestent la présence de pêcheurs basques il y a trois siècles à Rivière-Saint-Paul. Aujourd’hui, la jeune génération choisit de voguer vers de nouveaux horizons.

À l’occasion de la sortie du documentaire Temps et marées, racontant la lutte d’anciens villages de pêche pour leur survie pendant que des adolescents rêvent de quitter la Basse-Côte-Nord, nous sommes allés à la rencontre de Brad Loewen, professeur au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, qui est parti dans cette région faire de l’archéologie communautaire et qui a retrouvé des traces vieilles de 350 ans de pêcheurs basques.

Vous avez découvert des vestiges attestant la présence de pêcheurs basques dès le 16e siècle dans l’archipel de Rivière-Saint-Paul. Pouvez-vous nous parler de cette découverte extraordinaire?

L’été passé, je suis parti à Rivière-Saint-Paul avec William Fitzhugh, qui dirige le centre des études arctiques du musée Smithsonian de Washington, et des étudiants. En faisant des prospections maritimes, nous avons mis au jour quatre nouveaux sites basques. Nous avons alors découvert que certains de ces sites comportaient des éléments inuits comme des maisons d’hiver. Ces sites redéfinissent la relation entre les Basques et les Inuits en montrant qu’ils étaient beaucoup plus proches les uns des autres que nous le croyions jusqu’alors. Et de là, nous nous sommes figuré les commerces d’huile et de peaux de phoques entre ces deux peuples. Les différents vestiges retrouvés nous ont notamment permis de conclure à l’importance des partenariats entre Basques et Inuits.

Aujourd’hui, les Inuits et les descendants des Basques sont-ils encore mêlés?

Les Inuits sont encore sur la Basse-Côte-Nord et certains portent des noms d’origine ibérique, mais les Basques ne sont plus là. La population actuelle de Rivière-Saint-Paul remonte en grande partie aux pêches saisonnières du 19e siècle.

Et quels sont les mouvements de la population existante?

Il est intéressant de remarquer que la population de Rivière-Saint-Paul se définit elle-même comme une population qui pratique la transhumance. Et ce, de deux manières.

D’une part, chaque famille possède une maison dans le village qui est sa résidence principale. L’été, les habitants s’en vont dans leur chalet au large dans les îles. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Avant 1950, il n’y avait pas de route dans le village et ces maisons servaient de points de rassemblement durant l’hiver. C’était le chalet dans l’archipel qui faisait office de résidence principale, car il permettait d’accéder plus facilement au phoque et à la morue.  

D’autre part, comme les emplois ne sont pas nombreux dans la région, une grande partie de la population part travailler dans le nord de l’Alberta ou de la Colombie-Britannique, sinon à Schefferville, une partie de l’année et revient ensuite.

Cette transhumance est-elle un phénomène nouveau?

À l’époque des Basques et des Inuits, aux 16e et 17e siècles, on parlait déjà de transhumance relativement aux gens qui étaient là une partie de l’année. Et aux 18e et 19e siècles, les pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre et de Terre-Neuve venaient pêcher dans la région, puis repartaient l’hiver en laissant derrière eux des membres de la population. Ce sont les ancêtres de la communauté actuelle.

Ainsi, même si la population se sent parfois déracinée pour des raisons d’emploi, même si des questions d’identité régionale se posent, la transhumance est très profondément enracinée dans la vie de ce territoire. On pourrait dire que la transhumance dans ses diverses formes est un aspect permanent de la Basse-Côte-Nord.

Brad Loewen sera présent à la première du film Temps et marées le 7 février à 19 h au Cinéma du Musée des beaux-arts de Montréal.