Accepter de s'adapter et passer à l’action

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  • Le 25 mars 2020

  • Dominique Nancy
Quarantaine, télétravail à la maison avec les enfants, seul chez soi ou à son bureau, tout le monde doit s'adapter à la pandémie.

Quarantaine, télétravail à la maison avec les enfants, seul chez soi ou à son bureau, tout le monde doit s'adapter à la pandémie.

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En 5 secondes

Pour Sonia Lupien, il est normal et même sain de ressentir un certain stress dans le contexte actuel. Elle nous donne des conseils pour mieux y faire face.

Sonia Lupien

Crédit : Amélie Philibert

Quarantaine, télétravail à la maison avec les enfants, seul chez soi ou à son bureau, tout le monde doit s'adapter à la pandémie, les parents comme les enfants, les grands-parents et les étudiants, et cela engendre du stress et de l'anxiété chez plusieurs personnes.

Sonia Lupien, professeure au Département de psychiatrie et d'addictologie de l'Université de Montréal et directrice du Centre d’études sur le stress humain, explique qu'il est normal et même sain de ressentir un certain stress. Elle nous donne des conseils pour mieux y faire face.

Vous dites qu’il est normal et même positif de ressentir du stress, car il nous prévient des dangers. Dans la situation actuelle, un peu de stress est même bénéfique…

Tout à fait! Ce n'est pas l’idéal d'être trop zen en ce moment. Un peu de stress est nécessaire. Vous savez, certaines personnes ont une bonne résistance au stress alors que d'autres y sont plus sensibles. Les premières ne détectent pas la menace et continuent d’aller dans les lieux publics tandis que les secondes se ruent chez Costco pour acheter 10 paquets de papier de toilette. Ce sont ces deux groupes d’individus qui risquent de souffrir davantage. Sachez que, dans l'histoire du genre humain, ceux qui survivent se situent au milieu. Ces gens ressentent du stress, mais ils acceptent de s'adapter et prennent les mesures qui s’imposent.

Comment cela se traduit-il pour M. et Mme Tout-le-monde?

D'abord, il faut préciser que la pandémie de COVID-19 est une situation sans précédent. Pour la première fois dans l'humanité, on est tous exposés au même stresseur en même temps. Les habitants de la planète entière vivent le même stress ensemble. C'est du jamais-vu! Inévitablement, il y aura des tensions dans les familles. Pour ceux qui souffrent seuls, c'est encore plus difficile. Voilà pourquoi il est essentiel d'accepter de s'adapter.

Dans mon billet de blogue intitulé L'arrivée de la colère spontanée, je raconte ma quarantaine forcée avec mon conjoint et mon fils, ainsi que mon épisode de colère au cours d'une partie épique de Scrabble avec fiston. Je me suis énervée, car je trouvais qu'il ne jouait pas assez vite; il gagnait tout le temps et ça me tombait sur les nerfs. (Rires.) J'utilise cette anecdote pour illustrer pourquoi on devient en colère très rapidement après un stresseur. Bref, plus on s'adapte, moins on stresse et mieux on peut gérer sa colère.

On fait présentement face à un gros stresseur et ce n'est pas fini ‒ ce n'est pas demain que nous retournerons travailler comme avant. Mais la force majeure de l'humain, c'est son étonnante et merveilleuse capacité d'adaptation.

Alors, oui, on va stresser. On aura des moments de colère, parfois des maux de ventre et l’on va certes passer par une gamme d'émotions, mais l'humain est une machine à s'adapter. Si l’on veut avoir moins de maux de ventre, il faut accepter les choses telles qu’elles sont et intervenir en conséquence.

Si vous combattez le fait de ne plus pouvoir faire les choses de la même façon, c'est là que le stress deviendra nocif pour votre santé et votre bien-être. Accepter de s'adapter est hyper important!

Concrètement, cela signifie par exemple d'accepter de travailler différemment, de négocier des stratégies avec les membres de sa famille afin que chacun se sente bien…

Exactement. On se crée un endroit calme dans la maison afin de pouvoir travailler efficacement. On demande aux enfants de jouer à leurs jeux vidéos avec des écouteurs afin de minimiser le bruit. Tous les membres de la famille doivent s'adapter, ce n'est pas l'affaire d'une seule personne. Les décisions doivent être prises en équipe. Si l’on se replie sur soi, on va péter au fret! Et surtout, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide. Je pense surtout aux étudiantes et étudiants étrangers ou à celles et ceux qui viennent des régions et qui sont isolés dans leur appartement. Certains peuvent ressentir beaucoup de stress, voire de la détresse. Ils doivent communiquer avec les services d'aide au besoin. Le silence est leur pire ennemi! 

Mon message est qu'on est tous dans le même bateau. Même si l’on se sent seul, on ne l'est pas. C'est dans les moments comme celui qu'on vit actuellement que ressort le meilleur de l'humain. On verra beaucoup de compassion et d'entraide. Il ne faut donc pas avoir peur de faire appel à quelqu'un.

Vous parlez beaucoup du besoin de passer à l'action. À quoi doit-on s'attendre au cours des semaines à venir?

Devant le mammouth, on a deux choix. Présentement, on est en réaction de fuite. Le gouvernement nous dit de rester à la maison et c'est ce qu’on doit faire. Mais l'humain est un chasseur et, à un moment donné, il va falloir que l'on commence à prendre des initiatives. Autrement, on va ressembler à un chevreuil devant les phares d'une voiture qui arrive à toute allure. 

L'idée de bouger est importante, aussi minime l’action puisse être.

Pour les professeurs, cela signifie qu'ils doivent changer leurs méthodes d'évaluation. Par exemple, pour mon cours Stress et comportement, j'ai accepté de remplacer mon examen à choix multiples par un examen à développement. 

Les jeunes sont trop silencieux actuellement et cela m'inquiète. Ils possèdent des connaissances technologiques que les trois quarts des gens n'ont pas. C'est le moment pour eux de réaliser qu'ils peuvent grandement contribuer à la traversée de la crise. De plus, lorsqu'on a le sentiment d'aider, notre niveau de stress diminue. 

Si vous ressentez de la détresse, voici des services d'écoute pour vous aider