Créé il y a 10 ans, ce service de psychiatrie urbaine, unique au Québec, est devenu une véritable figure de proue en matière de développement des services de proximité en santé mentale. Aujourd’hui, les personnes en crise n’ont plus forcément à se déplacer jusqu’à l’urgence d’un hôpital de la métropole: ce sont les équipes de psychiatrie qui vont à leur rencontre.
«L'hospitalisation en psychiatrie est un modèle stressant, axé sur la sécurité et la réduction des symptômes, et non sur un projet de vie. Nos services mobiles de proximité prennent en charge les personnes à un stade beaucoup plus précoce de la maladie, alors qu’il est encore temps de préserver leur emploi, leur logement, leur santé physique et leurs relations familiales», expose le psychiatre Olivier Farmer, professeur de clinique au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’UdeM et cofondateur du service de psychiatrie urbaine de l’Hôpital Notre-Dame.
Cette pratique proche des gens, qu’il qualifie de psychiatrie du 21e siècle, est la preuve que la discipline n’a pas à se cantonner à l'hôpital, comme il l’enseigne aux futurs médecins. «C’est souvent plus efficace de mener une entrevue à la maison avec la famille dans les phases initiales d'une crise ou après un bref séjour à l'urgence. On peut planifier un retour rapide à la maison, travailler sur le maintien du logement et de l'emploi», observe celui qui passe une journée et demie à l’Hôpital et le reste du temps sur le terrain.
Bien sûr, l’hospitalisation demeure nécessaire dans certains cas, par exemple lorsque la personne est agitée ou représente une menace. «Mais la plupart du temps, les gens n’ont pas besoin des quatre murs de l'hôpital et de soins 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ils ont juste besoin de beaucoup de services et de supervision pour la prise de médicaments, des signes vitaux, les prises de sang, les injections. L’hospitalisation à domicile leur permet de voir un médecin une fois par semaine et des infirmières tous les jours», souligne la Dre Marianne Genest, professeure adjointe de clinique au Département de psychiatrie et d’addictologie de l'UdeM et chef de la psychiatrie urbaine au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.
C’est beaucoup grâce à elle si le programme de traitement intensif bref à domicile (TIBD) en santé mentale, qui reproduit les soins hospitaliers au domicile du patient, a été implanté à Montréal il y a un an. Auparavant, la psychiatre dirigeait l’équipe du TIBD à Québec, lieu de sa naissance et de celle du programme.
«Quand je suis arrivée à Montréal, en 2021, j’ai vu que le terreau était fertile au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Ça faisait longtemps que mon collègue Olivier Farmer parlait de l’instaurer ici. On a adapté le modèle de Québec, qui existe depuis 15 ans, à la réalité de Montréal», relate la Dre Genest, énumérant au passage les nombreux bienfaits des soins prodigués dans la communauté, à la fois pour les usagers, les proches et le personnel – plus grande satisfaction à l’égard des soins et observance plus étroite du traitement, meilleure relation avec le patient, déstigmatisation de la maladie…
C’est sans compter les avantages du programme sur les plans social et économique. «Dans un contexte de demande accrue en santé mentale et de ressources limitées, les coûts moindres de l’hospitalisation à domicile sont un motivateur pour investir dans ce programme, fait valoir la Dre Genest, qui voit ce service comme la suite logique de la désinstitutionnalisation, amorcée dans les années 1980. On pousse plus loin l’idée de traiter les gens dans leur milieu de vie. Ce service se situe à l’avant-garde: on n’attend pas que le besoin se manifeste pour y répondre. On adopte une approche proactive et inclusive, avec l’apport d’un pair aidant dans l’équipe.»
Très populaire auprès de la relève, cette psychiatrie tout terrain répond au besoin des jeunes médecins de faire les choses autrement, de s’ouvrir à de nouvelles possibilités, poursuit Marianne Genest. «Je le vois dans les cours que je donne sur la pédagogie médicale: la nouvelle génération de médecins a envie de s'engager dans des causes. En ce sens, l'hospitalisation à domicile devient un peu leur cause sociale!» dit-elle.