COVID-19: «Nous sommes mieux préparés»

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  • Le 22 septembre 2020

  • Emmanuelle Gril
Pierre Fournier

Pierre Fournier

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le doyen de l’ESPUM, Pierre Fournier, répond à nos questions sur la mission du comité des mesures de protection et nous livre aussi sa vision de la situation actuelle.

Pierre Fournier est un acteur clé de la gestion de la crise sanitaire actuelle, aussi bien à titre de doyen de la jeune École de santé publique de l’Université de Montréal ‒ l’ESPUM a été fondée en 2013 ‒ qu’en sa qualité de président du comité des mesures de protection, constitué à la demande de l’Université pour conseiller les facultés dans l’implantation de mesures spécifiques aux conditions d’enseignement de leurs secteurs. Il répond à nos questions et nous livre sa perception de la situation actuelle.

Qu’est-ce que le comité des mesures de protection, dont vous faites partie, et quel est son rôle?

Le comité comprend une douzaine de membres, des experts dans plusieurs domaines de la santé ‒ santé publique, santé au travail, virologie, microbiologie ‒ ainsi qu’un juriste et des représentants des divers services de l’Université. Notre mandat consiste à analyser toutes les situations qui comportent une obligation d’enseignement en présentiel où des risques existent et à mettre en place un protocole de protection. Dans un premier temps, nous avons tâché de modifier l’activité pour qu’elle présente moins de risques et, lorsque ce n’était pas possible, nous avons alors intégré des mesures de protection: distanciation physique, utilisation d’équipements de protection tels les masques, les visières, les écrans en plexiglas. Pour les unités d’enseignement dont les activités sont encadrées par les principes d’un ordre professionnel ayant déjà formulé des directives, par exemple l’Ordre des dentistes, nous sommes partis de ce point de départ tout en tenant compte du contexte propre à l’enseignement.

Certaines facultés ont-elles présenté des enjeux particuliers?

Depuis le mois de mai, le comité a adopté des directives pour une douzaine de secteurs. Cela a été tout un défi, non seulement parce qu’il ne s’agit pas d’une science exacte, mais aussi parce qu’une grande variété d’activités se tiennent à l’Université. Plusieurs d’entre elles ont aussi des enjeux spécifiques, comme à la Faculté de médecine dentaire, où le risque de contamination est très élevé, puisque les dentistes travaillent là où se trouve le virus et que certains soins entraînent la production d’aérosols. La Faculté de musique est également un cas particulier. Ainsi, pour permettre une distance de deux mètres entre les membres d’un orchestre, la scène de la salle Claude-Champagne a été agrandie. Elle englobe désormais une partie du parterre et offre la plus grande capacité d’accueil d’un orchestre à Montréal. Il a fallu en outre se pencher sur la question de la désinfection des instruments, comme les pianos ou les harpes, qui doivent être nettoyés après chaque utilisation. Pour ce faire, on doit employer un produit homologué par Santé Canada sans que cela endommage l’instrument pour autant.

Avez-vous d’autres exemples de cas particuliers?

L’École d’architecture a elle aussi nécessité des aménagements, notamment en ce qui concerne la présentation des maquettes. Dans ce cas, le professeur ou la professeure et les étudiants et étudiantes se réunissent autour de la table où est installée la maquette et ils l’examinent. Pour éviter les contacts avec cette dernière, on utilise maintenant un pointeur laser. De plus, seul un nombre limité de personnes sont admises dans la pièce. La séance est enregistrée et peut ensuite être visionnée par ceux et celles qui n’ont pas pu y assister.

Quel a été votre rôle en tant que doyen de l’École de santé publique?

La tâche des doyens a varié selon l’enjeu propre à leur faculté. À cet égard, le doyen de la Faculté de médecine dentaire a sans doute été celui qui a eu le plus de défis à relever. L’École de santé publique est un cas «standard», qui a demandé de trouver des moyens d’adapter les cours à l’enseignement à distance. Ce processus a été entamé dès le mois de mars et s’est poursuivi avec la session d’été, ce qui nous a bien préparés à la session d’automne. Pour soutenir la mise en place de l’enseignement à distance, l’Université de Montréal a d’ailleurs créé des équipes pédagogiques facultaires. Plus d’une centaine de salles ont aussi été aménagées pour permettre la télédiffusion des cours.

Cela dit, nous sommes conscients que, dans certains cas, la présence en classe ne peut être complètement éliminée, le travail en laboratoire par exemple ou encore les stages. Il a donc fallu se réorganiser. Même chose pour les étudiants et étudiantes du premier cycle ou qui commencent un programme. Pour répondre à ces besoins particuliers, nous avons aménagé des lieux où l’on peut mener des activités d’enseignement en présentiel. Nous avons également mis sur pied des activités d’accueil, en personne ou à distance, au choix des étudiants et étudiantes.

Qu’en est-il du port du masque à l’Université?

Le ministère de l’Éducation et de l'Enseignement supérieur a rendu obligatoire le port du couvre-visage, en tissu, sur les campus du Québec en tout temps et pour tous et toutes, membres de la communauté étudiante ou du personnel. Quant au masque chirurgical ‒ le masque bleu ‒, c’est le premier niveau des équipements de protection individuelle et il répond à des normes. Il offre donc une protection plus élevée que le couvre-visage et est obligatoire pour les activités où la distanciation physique de deux mètres ne peut être respectée. Je précise que la circulation dans les salles de cours est maintenant à sens unique dans la plupart des cas. De ce fait, la première personne qui entre dans la classe doit s’asseoir à la place la plus éloignée de la porte par laquelle elle est entrée, car elle sera aussi la première à sortir.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle et comment voyez-vous l’avenir?

Beaucoup de gens pensent que les maladies infectieuses font partie du passé. C’est effectivement le cas pour la peste ou la variole, mais il faut se rappeler que le risque infectieux, lui, n’a jamais disparu. La façon dont il survient relève à la fois du hasard et de l’activité humaine. Dans le cas de la COVID-19, il a fallu qu’un virus qui vit très bien chez la chauve-souris passe au pangolin, où il a muté, ce qui lui a permis de s’arrimer à des cellules humaines par la suite. Puis, des individus ont été infectés en manipulant et en consommant du pangolin, et ils ont contaminé d’autres personnes.

Pour ce qui est de l’avenir, je n’ai pas de boule de cristal! Toutefois, de façon générale, je peux dire que nous avons tous été surpris, mais que nous avons aussi beaucoup appris. Les prochaines vagues que nous connaîtrons n’auront pas les mêmes conséquences que la première, car désormais nous avons mis en place des mesures sanitaires et nous savons quels groupes sont les plus à risque.

On ne peut pas encore savoir si nous serons touchés par une grande vague ou par des vagues de moindre importance ni combien de temps cela va durer. Mais tant à l’Université de Montréal que de façon générale dans la société, nous sommes mieux préparés et nous restons vigilants.