Lutte contre le cancer du sein: portrait d’un chercheur dévoué

Aujourd’hui, le taux de survie au cancer du sein après cinq ans est de 88 %, soit l’un des plus élevés.

Aujourd’hui, le taux de survie au cancer du sein après cinq ans est de 88 %, soit l’un des plus élevés.

Crédit : Getty

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En ce mois de sensibilisation au cancer le plus répandu chez la femme au Canada, nous vous présentons un portrait du professeur et chercheur Jean-François Côté.

Le cancer du sein est le plus répandu chez la femme au pays, après certains cancers de la peau. Il représente un quart des diagnostics de cancer et 13 % de tous les décès de femmes par cancer, faisant de lui la deuxième cause de mortalité chez les Canadiennes. Ce mois de sensibilisation au cancer du sein vient rappeler que ce cancer est une menace bien réelle pour les femmes. 

Toutefois, il n’est pas invincible. Aujourd’hui, le taux de survie au cancer du sein après cinq ans est de 88 %, soit l’un des plus élevés. Cela est le résultat de la recherche scientifique acharnée qui, menée par des chercheurs dévoués tels que Jean-François Côté, a permis au fil des ans d’améliorer considérablement les méthodes de prévention, de diagnostic et les traitements. 

Depuis maintenant plus de 20 ans, Jean-François Côté figure parmi ceux et celles qui contribuent à cette connaissance scientifique salvatrice. Il est vice-président à la recherche et aux affaires académiques et directeur de l’axe de recherche sur le cancer et les maladies génétiques à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), où il effectue ses travaux de recherche. Il est également professeur au Département de médecine de l’Université de Montréal. Dès ses débuts, il s’est penché sur un élément déterminant de la mortalité par cancer: les métastases.

Métastases: un mot qui fait frémir

Jean-François Côté

Ce terme, maintenant connu de tous et redouté avec raison, est souvent accompagné d’un sentiment d’effroi chez les personnes souffrant d’un cancer et leurs proches. Les métastases sont des cellules cancéreuses qui, pour leur survie, partent de la tumeur principale pour aller coloniser d’autres organes. Lorsque les sites colonisés sont des organes vitaux, les fonctions de ces organes s’en trouvent altérées, ce qui occasionne souvent de la douleur et, en l’absence de traitement, provoque la mort. Ainsi, la pertinence des travaux de Jean-François Côté parle d’elle-même, chaque fois que le mot métastases est prononcé dans un cabinet de médecin ou autour d’une table de cuisine.

Pour Jean-François Côté, cette volonté de comprendre davantage la formation des métastases s’est manifestée lors de son doctorat à l’Université McGill. Sous la supervision du professeur Michel L. Tremblay, il s’est intéressé aux molécules contrôlant la mobilité cellulaire. Puis, dans son stage postdoctoral au Sanford Burnham Prebys Medical Discovery Institute en Californie, il a poursuivi ses recherches visant à trouver de nouveaux mécanismes moléculaires permettant aux cellules de se déplacer, avec l’idée que cela pourrait expliquer la formation des métastases.

Tout cela l’a conduit à faire une découverte qui a révolutionné la recherche en biologie moléculaire et cellulaire: il a mis au jour une superfamille de 11 protéines, connues sous le nom de protéines DOCK, qui contrôle divers aspects de la mobilité cellulaire et serait en jeu dans plusieurs maladies. À son arrivée à l’IRCM en 2005 comme directeur de l’unité sur l’organisation du cytosquelette et la migration cellulaire, il incorpore à ses travaux des modèles in vivo et des analyses d’échantillons provenant de patientes atteintes d’un cancer du sein. Ce parcours fera germer en lui une idée qu’il mettra en œuvre à l’IRCM: la création d’un programme de recherche pour mieux comprendre la mobilité et l’invasion cellulaires afin de désigner des cibles thérapeutiques susceptibles de mener un jour à des traitements antimétastatiques. L’idée est devenue passion.

DOCK et AXL: des acteurs clés du cancer du sein

Aujourd’hui, à la lumière des découvertes réalisées au laboratoire de Jean-François Côté, il y a de l’espoir pour un avenir meilleur. Des avancées récentes ont démontré que la protéine DOCK1 jouait un rôle central dans la formation des métastases. Des études approfondies de la protéine faites avec des collaborateurs du monde entier ont permis de créer la première génération d’inhibiteurs pharmacologiques contre DOCK1. Il a été prouvé en laboratoire que ces inhibiteurs sont capables de bloquer les métastases. Qu’en sera-t-il pour les humains? 

Parallèlement, l’équipe de Jean-François Côté s’est concentrée sur une molécule nommée AXL, qui agirait dans une forme agressive de cancer du sein: le cancer du sein HER2. Récemment publiée dans le journal Nature Communications, l’étude a mis en lumière les fonctions prométastatiques d’AXL. Car, si la capacité d’AXL à favoriser la formation de métastases était déjà connue, les mécanismes moléculaires sous-jacents restaient nébuleux. L’équipe a élaboré une approche permettant d’étudier plus de 700 protéines et leurs mécanismes qui, lorsqu’ils sont déclenchés par AXL, facilitent les mouvements cellulaires et donc les métastases.

En bloquant l’action d’AXL à l’aide d’inhibiteurs pharmacologiques, il devient donc possible d’entraver le processus de migration cellulaire dont les métastases ont tant besoin. Parmi ces protéines, l’équipe a mis au jour PEAK. Quand les connexions entre AXL et PEAK1 sont détruites, les tumeurs sont incapables de produire efficacement des métastases dans d’autres organes. Ce travail a révélé une quantité substantielle d’informations nouvelles sur la signalisation intracellulaire contrôlée par AXL et a désigné la protéine PEAK1 comme avenue potentielle pour concevoir de nouvelles approches antimétastatiques.

Après 20 ans de travail acharné, Jean-François Côté conserve sa passion des premiers jours, portée par un rêve qui reste d’actualité: aider un jour des patientes et patients atteints d’un cancer du sein à combattre les métastases et à vaincre la maladie.

Chaque jour, des chercheurs et chercheuses en découvrent davantage sur le cancer et, chaque jour, ils collaborent pour mieux y arriver. En ce mois du cancer du sein, nous saluons le travail de Jean-François Côté et de ceux et celles qui, comme lui, raniment l'espoir d’un avenir où le cancer ne tuera plus.

À propos de l'IRCM

Fondé en 1967, l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) est un organisme à but non lucratif qui effectue de la recherche biomédicale fondamentale et clinique en plus de former une relève scientifique de haut niveau. Doté d’installations technologiques ultramodernes, l’Institut regroupe 33 équipes de recherche qui œuvrent notamment dans le domaine du cancer, de l’immunologie, des neurosciences, des maladies cardiovasculaires et métaboliques, de la biologie des systèmes et de la chimie médicinale. L’IRCM dirige également une clinique de recherche spécialisée en hypertension, en cholestérol, en diabète et en fibrose kystique ainsi qu’un centre de recherche sur les maladies rares et génétiques chez l’adulte. L’IRCM est affilié à l’Université de Montréal et associé à l’Université McGill. Sa clinique est affiliée au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). L’IRCM reçoit l’appui du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec.