Comment la COVID-19 nous fait agir... ou pas

«Nous pensons que, en tant que chercheurs, notre mission n'est pas seulement de communiquer nos résultats à la communauté scientifique, mais également de les partager avec le public.»

«Nous pensons que, en tant que chercheurs, notre mission n'est pas seulement de communiquer nos résultats à la communauté scientifique, mais également de les partager avec le public.»

Crédit : Getty

En 5 secondes

Dans une nouvelle série de rapports de recherche, Roxane de la Sablonnière, professeure de psychologie sociale à l'UdeM, examine comment la crise sanitaire mondiale affecte notre quotidien.

Roxane de la Sablonnière

La pandémie de COVID-19 n'est pas seulement une crise sanitaire mondiale, c'est aussi une crise sociale et politique: la lutte contre le virus influe sur le quotidien des individus, leurs réactions aux politiques gouvernementales et la planification de leur avenir. À l'Université de Montréal, Roxane de la Sablonnière, professeure de psychologie sociale, a lancé une série de rapports de recherche qui examinent les répercussions psychologiques de la COVID-19 sous des angles très divers. Le premier rapport a été publié récemment. Nous avons demandé à Mme de la Sablonnière, aussi fondatrice et directrice du Laboratoire sur le changement social et l'identité au Département de psychologie de l'UdeM, d'expliquer en quoi consiste cette série de rapports et ce qui l’attend pour la suite de ses recherches.

Votre premier rapport se penche sur les messages officiels du gouvernement relatifs à la COVID-19 et sur la façon dont les gens y réagissent. Quels sont les résultats de votre enquête et pourquoi est-elle importante?

Deux résultats sont particulièrement frappants. Premièrement, plus les répondants ont perçu que les mesures implantées par leur gouvernement provincial étaient claires et cohérentes, plus ils ont perçu la présence d'un fort soutien normatif à l’égard de ces mesures. En d'autres termes, la perception d'un message clair et cohérent a conduit les individus à percevoir que leur entourage adhérait à ces mesures. Deuxièmement, cette perception d'un fort soutien normatif a eu un effet sur l'adhésion réelle aux mesures gouvernementales.

Ces résultats nous ont amenés à formuler deux recommandations à l’intention des gouvernements pour leur permettre de maximiser l'adhésion aux mesures exigeantes qu’ils mettent en place. D’abord, les gouvernements devraient communiquer des mesures claires et cohérentes, c'est-à-dire s'assurer que les mesures sont bien définies et qu'il n'y a pas de contradictions entre les mesures ou entre ceux qui les communiquent. Ensuite, les gouvernements devraient concentrer leurs messages sur la majorité qui adhère aux mesures plutôt que sur la minorité qui ne les respecte pas.

Cette série de rapports est rédigée à l'intention des décideurs politiques et du grand public. Pourquoi avez-vous voulu cibler le public?

Nous pensons que, en tant que chercheurs, notre mission n'est pas seulement de communiquer nos résultats à la communauté scientifique, mais également de les partager avec le public. Cette large diffusion de nos résultats est d'une grande importance dans le cas de la pandémie de COVID-19, car elle permet, en informant directement les individus, d’avoir une influence directe sur la propagation du virus et aussi de mieux comprendre le degré de bien-être psychologique de la population en ces temps difficiles.

De plus, étant donné que le processus de publication scientifique est rigoureux et, à ce titre, complexe et long, cette série de rapports s’inscrit dans un plan de communication dont le but est de diffuser rapidement les découvertes que nous jugeons importantes. Procéder ainsi nous permet de promouvoir notre compréhension de la situation actuelle et d’en informer les décideurs politiques afin qu'ils puissent mieux y répondre à mesure que la crise évolue.

Enfin, partager nos conclusions est aussi notre façon de rendre la pareille à l’ensemble de la communauté, sans qui cette recherche n’aurait pas été possible. Ainsi, nous fournissons aux décideurs politiques des recommandations fondées sur la recherche et les données. Et nous contribuons à la communication d'informations précises pour lutter contre la désinformation et les fausses nouvelles.

Sur quoi porteront les autres rapports et comment l'arrivée d'un vaccin va-t-elle modifier votre approche?

Nous publierons cinq autres rapports au cours des prochains mois. Le deuxième rapport, qui paraîtra sous peu, démontre comment le respect des mesures gouvernementales évolue dans le temps au sein de la population canadienne tout en soulignant les différences entre les hommes et les femmes ainsi que les différences entre les groupes d'âge. Le troisième rapport examinera comment le sentiment d'être contraint par les mesures gouvernementales peut expliquer le fait que certains individus ne suivent pas ces mesures. Le quatrième rapport se penchera sur la question de l'entraide entre les demandeurs d'asile et les Canadiens. Le cinquième rapport rendra compte de l'effet de la crise de la COVID-19 sur les émotions des individus. Enfin, le sixième rapport étudiera comment le fait d'être entouré d'étrangers, plutôt que par des amis, influe sur le respect des mesures gouvernementales.

L'arrivée imminente d'un vaccin est une excellente nouvelle. Nous adapterons notre projet de recherche pour parler des réactions des individus vis-à-vis du vaccin, telles que leur volonté de se faire vacciner ou leurs convictions générales sur les vaccins. En cette ère de désinformation, les réponses à ces questions sont extrêmement pertinentes et aideront les décideurs politiques à établir un plan de communication pour favoriser une meilleure distribution du vaccin parmi la population. Pour autant, l'arrivée d'un vaccin n'aura que peu d'influence sur la façon dont nous menons nos recherches, puisque notre objectif principal est d'informer le public et les décideurs politiques sur les meilleures pratiques quant aux réponses à apporter aux crises à l'avenir.

À propos de la série

Roxane de la Sablonnière et ses collègues ‒ Anna Dorfman et Mathieu Pelletier-Dumas, de l'Université de Montréal; Jean-Marc Lina, de l'École de technologie supérieure; et Dietlind Stolle et Donald M. Taylor, de l'Université McGill ‒ ont reçu une bourse des Instituts de recherche en santé du Canada pour étudier les conséquences sociales de la pandémie de COVID-19. Pour ce projet, un échantillon représentatif de plus de 3600 Canadiens et Canadiennes a été constitué en vue d’une participation à une enquête longitudinale. La 1re phase de l'enquête a débuté en avril et les chercheurs recueillent actuellement les données de la 10e phase.

Les rapports peuvent être consultés à l'adresse suivante: https://csdc-cecd.wixsite.com/covid19csi/resultats.

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