La cigarette durant la grossesse, c’est peut-être la cigarette du futur adolescent

L’Organisation mondiale de la santé a désigné le tabac comme l’une des principales causes de mortalité que des mesures de prévention peuvent atténuer.

L’Organisation mondiale de la santé a désigné le tabac comme l’une des principales causes de mortalité que des mesures de prévention peuvent atténuer.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Le Dr Nicholas Chadi présente sa recherche sur l’usage du tabac pendant la grossesse et ses effets à long terme sur l’enfant à naître.

Les femmes enceintes qui fument risquent plus que les non-fumeuses de transmettre une dépendance au tabac à leurs enfants quand ceux-ci parviendront à l’adolescence. Voilà la conclusion d’une étude menée au Québec auprès de 1661 mères et enfants qu’on a observés sur plus de 20 ans. «Notre étude démontre que le fait de fumer peut avoir un effet transgénérationnel. Devenu adolescent, l’enfant porté par une mère fumeuse a tendance à fumer la cigarette davantage que celui d’une mère qui n’a pas consommé de produits du tabac», explique le DNicholas Chadi, premier auteur de l’étude qui paraît ces jours-ci dans Preventive Medicine.

Professeur adjoint de clinique au Département de pédiatrie de l’Université de Montréal et clinicien-chercheur en médecine de l’adolescence au CHU Sainte-Justine, le DChadi est un spécialiste des dépendances chez les jeunes. Avec ses collègues Marilyn Ahun, Catherine Laporte, Michel Boivin, Richard E. Tremblay, Sylvana M. Côté et Massimiliano Orri, cosignataires de l’article, il a analysé les données de l’Étude longitudinale sur le développement des enfants du Québec (ELDEQ), qui récolte périodiquement depuis plus de 30 ans des informations sur le développement de plusieurs milliers de jeunes. «Cette base de données est certainement l’une des plus utiles au Canada pour étudier des phénomènes comme celui de la transmission de dépendances», commente le DChadi.

Une des plus grandes surprises des chercheurs a été de constater que la transmission de l’attrait pour la cigarette ne se limite pas aux femmes «qui avaient fumé de façon persistante durant la grossesse». Même l’usage de la cigarette avant ou après la grossesse semble avoir une influence sur l’envie d’en griller une à l’adolescence.

Multifactoriel

Nicholas Chadi

Crédit : CHU Sainte-Justine

L’Organisation mondiale de la santé a désigné le tabac comme l’une des principales causes de mortalité que des mesures de prévention peuvent atténuer. Heureusement, le fait de fumer est en baisse au Québec, comme en témoigne la dernière Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, parue récemment. Selon cette enquête, l’usage des produits du tabac a diminué du quart entre 2013 et 2019 chez les jeunes, passant de 12 à 9 %. La proportion d’élèves fumeurs de cigarettes a continué de baisser au Québec durant la même période (de 6 à 4 %). L’usage de la cigarette électronique, toutefois, préoccupe les spécialistes, car elle semble amener des jeunes non fumeurs à l’adopter; certains d’entre eux passent ensuite au tabac.

Le Dr Chadi tient à souligner que l’usage du tabac relève d’une multitude de facteurs. L’étude qui fait l’objet de la publication dans Preventive Medicine a tenu compte de cette réalité. Une des forces de l’ELDEQ est de permettre aux observateurs de tenir compte de différents facteurs comme le milieu socioéconomique, le niveau de scolarité ou la situation familiale afin d’isoler les éléments pertinents.

Conséquences à long terme

Des études ont démontré que la nicotine pouvait traverser la membrane placentaire durant la grossesse. Pour connaître les conséquences à long terme de ce phénomène, il faut pouvoir comparer des cohortes d’enfants qui ont connu différentes trajectoires. On a pu constituer un groupe important d’enfants nés en 1997 et 1998 dont les mères avaient fumé, ou non, pendant la grossesse. On a retrouvé ces sujets à différents âges (12, 13, 15, 17 et 19 ans) pour connaître leurs habitudes en matière de tabagisme.

Entre autres constats, les chercheurs notent que «l’exposition au tabagisme maternel avant ou pendant l’enfance augmente le risque de tabagisme précoce (avant l’âge de 15 ans) chez les jeunes».

Le message que le Dr Chadi aimerait partager est que l’usage de la cigarette a des effets néfastes sur la santé de la mère, mais aussi sur les membres de sa famille. Dans le cas présent, ce sont des effets qui peuvent s’observer jusqu’à 20 ans plus tard…