«Si t’es pas contente, je vais te faire accoucher maintenant!» Ces paroles d’une extrême violence ont été adressées par une infirmière à Karla à la toute fin de sa grossesse, alors qu’elle voulait savoir pourquoi elle devait passer une troisième échographie si ce n’était pas obligatoire et que sa grossesse se déroulait bien. Culpabilisée, elle s’y est soumise. Elle s’est sentie très seule dans une position d’extrême vulnérabilité, dépossédée du pouvoir de disposer librement de son corps.
Dans l’œuvre (M)other, Kimberley de Jong restitue à Karla sa parole, tout comme celle de Sara, Louis-Elyan, Brianna, Isabelle et Caroline. Elle a demandé à ces danseuses et ce danseur de témoigner de leur histoire personnelle de parentalité et de se mettre littéralement à nu.
Caroline Boileau a également rencontré des femmes pour qu’elles parlent pour une première fois «de l’histoire de leur corps, du désir d’enfant à la grossesse, de l’accouchement à la maternité avec tous les deuils potentiels et présents à chacune de ces étapes». À partir de cette trentaine de témoignages, elle a réalisé Elle m’a dit, une courte vidéo loufoque, déconcertante et par moments terrifiante, en prise de vue image par image. Sur l’une d’elles, on entend «Elle m’a dit “Attachée sur la table, je sentais tout, c’était un cauchemar”».
Heidi Barkun a aussi mené des entretiens. Ayant réalisé qu’il n’existe aucune définition quant à l’abus concernant la procréation médicalement assistée (PMA), elle a redonné la parole à des personnes qui ont suivi un processus de PMA. Son œuvre Témoins s’ouvre sur ce témoignage de Geneviève: «Il faut le dire. En fait, il faut dire ce que ça implique. C’est pas pointer personne, c’est pas rendre coupable personne. C’est-à-dire que, il faut en parler. Il faut que quelque chose soit fait.»