Simon Dabin a choisi l’élection fédérale de 2006 comme point de départ de ses recherches sur l’évolution du vote autochtone pour une raison pratique: «C’est à partir de 2005 que l’Assemblée des Premières Nations a demandé l’aide d’Élections Canada pour faire progresser le vote dans les communautés. Je suis en train d’essayer de remonter plus loin, mais c’est compliqué.» Il a ensuite analysé les résultats des scrutins de 2006, 2008, 2011, 2015 et 2019.
L’objectif du spécialiste des questions autochtones n’était pas de se prononcer sur l’augmentation de la participation autochtone aux élections fédérales, mais de faire voir que le phénomène existe. «Il y a des Autochtones qui participent aux élections, il y a de plus en plus de députés autochtones, il y a des sénateurs et il y aura peut-être même une juge autochtone à la Cour suprême qui sera nommée dans les prochaines semaines, indique-t-il. Je suis toujours un peu dérangé par les études qui essentialisent d’un bord ou de l’autre les Autochtones. Ils ne peuvent pas être réduits à une action, une stratégie ou une idéologie. Regardons ce qu’ils font plutôt que de les juger à priori sur leurs actions.»
Il va sans dire que Simon Dabin poursuit ses recherches sur le sujet. D’ailleurs, selon lui, il est normal qu’en science politique on commence à s’y intéresser, car les Autochtones vont certainement avoir un poids démographique et électoral de plus en plus grand. «Ça prendra des années, mais ça arrivera parce qu’il y a de plus en plus de circonscriptions où ils représentent de 30 à 50 % de l’électorat. Il y a de plus en plus de députés, il y a davantage de stratégies différentes, d’une certaine manière, dans les mouvements autochtones. Il y a aussi davantage d’alliances, on l’a vu avec la nation Wet’suwet’en, dont les revendications ont été soutenues par beaucoup de manifestations d’allochtones», souligne-t-il.
Il fait référence aux efforts de la nation Wet’suwet’en pour empêcher le projet de gazoduc Coastal GasLink de traverser leur territoire ancestral, situé dans le nord de la Colombie-Britannique. Des manifestations d’allochtones en soutien à des Autochtones auraient été inimaginables il y a encore 10 ans, croit le docteur en science politique. «Il n’y avait pas tant de mobilisation allochtone pour appuyer le mouvement Idle No More à l’époque. Il se passe quelque chose, il y a des relations différentes, il y a des façons d’entrevoir l’avenir différemment. Je pense qu’il faut voir ces actions-là et les étudier», remarque-t-il.
Ces changements, il les voit depuis quelques années. Il mentionne entre autres l’ouverture à l’UdeM en 2015 du salon Uatik pour les étudiantes et étudiants autochtones. Il a aussi vu les premières semaines autochtones à l’Université. «Au début, il y avait 10 personnes et l’autre jour on m’a raconté qu’il y avait 80 personnes à chaque activité. J’ai été chargé de cours en politique autochtone au Département de science politique de l’UdeM pendant quatre ans et j’ai vu l’évolution de mes classes. Ce sont encore de petits groupes, mais il y a quand même une évolution dans la jeunesse qui donne un peu d’espoir», conclut celui qui a hâte que d’autres personnes travaillent sur le même sujet que lui parce que c’est cela, la science «et qu’il y a sûrement beaucoup de choses que je n’ai pas vues ou pas dites dans ma thèse».