Trois principales causes au déficit de femmes
«Dans la culture indienne, c’est le fils aîné qui doit s’occuper de ses parents lorsqu’ils deviennent âgés, signale Karine Bates. Or, seulement 12 % de la population en Inde a droit à une pension de vieillesse, ce qui met de la pression sur les couples pour avoir un fils plutôt qu’une fille.»
L’explication réside dans le fait que, «pour les personnes âgées qui n’ont pas de fils, il est presque impossible d’aller habiter chez une de leurs filles, car une fois mariées, ces dernières vont vivre dans leur belle-famille: la résidence postmaritale devient donc un facteur d’insécurité de vieillesse», dit celle qui a étudié les réformes juridiques et sociales de l’Inde en lien avec les droits de propriété chez les Indiens à travers les questions d’héritage, de dot et de pension alimentaire.
À ce «biais antifille» s’est ajouté l’accès progressif à l’échographie, à partir des années 1970, menant à des avortements sexo-sélectifs. Ces avortements sont devenus illégaux en 1994 avec l’adoption d’une loi sur les tests de détermination prénataux, mais son application demeure aléatoire.
«Il est fréquent que les membres de la belle-famille de la femme soient présents lors d’une échographie et, lorsqu’il s’agit de la première grossesse, ils exercent une pression pour que la future mère se fasse avorter si le fœtus est une fille, expose Karine Bates. Non seulement il existe un réseau clandestin pour effectuer ces avortements, mais il s’en pratique même dans le réseau de la santé.»
Enfin, la hausse du niveau de vie a permis l’émergence d’une classe moyenne qui est plus en moyens pour payer un avortement. «La pression pour l’avortement sexo-sélectif est encore grande au sein de cette classe moyenne, car celle-ci n’a pas plus accès à une pension de vieillesse», ajoute la professeure.