Le principal volet inédit de cette nouvelle école de fouilles concerne l’introduction de techniques d’archéogénomique directement sur le chantier.
Grâce à des collaborations avec des spécialistes en génétique et à l’acquisition d’un séquenceur portatif surnommé «MinION» (grâce à Diane Martin-Moya, diplômée de l’UdeM et travaillant actuellement avec les universités McGill et du Québec à Trois-Rivières), l’équipe a testé de nouvelles méthodes d’analyse de l’ADN ancien. «C’est vraiment exploratoire, insiste Isabelle Ribot. On voulait voir si l’on pouvait détecter de l’ADN ancien conservé dans le sol autour des corps, notamment près du crâne, du bassin et des pieds, pour aussi mieux comprendre le milieu de décomposition des corps.»
Les prélèvements ont été effectués en suivant des protocoles stricts: gants, masques et outils stériles pour limiter les risques de contamination des artéfacts.
Les chercheurs ont choisi de comparer deux contextes différents: une sépulture fouillée sans mesures particulières et une autre selon des protocoles de protection renforcés. «On pourra savoir si certaines sépultures ont été contaminées par les fouilleurs. C’est aussi une façon de former les étudiants à ces nouvelles pratiques», dit-elle.
Le séquenceur portable pourrait considérablement accélérer les analyses. «Habituellement, lorsqu’on envoie des échantillons dans des laboratoires spécialisés, les résultats prennent des mois. Avec cet appareil, les données sont produites presque immédiatement», indique la bioanthropologue.
Les scientifiques s’attendent toutefois à obtenir une immense quantité d’informations complexes à interpréter. «On va probablement trouver de l’ADN de bactéries, d’insectes, d’animaux liés à la décomposition. Ce qui nous intéresse, c’est tout l’environnement biologique autour du corps», ajoute-t-elle. Les méthodes où l’on recourt au seul sol environnant le corps permettront peut-être de trouver de l’ADN humain, et donc elles seraient entièrement non intrusives.