La rencontre «inédite» de deux espèces
Pour explorer cette théorie, l’équipe a considéré deux espèces sensibles à une même maladie, mais traditionnellement isolées dans l’espace en raison d’habitats thermiques différents; avant le réchauffement climatique, uniquement l’espèce habitant au nord était porteuse de la maladie.
Si cette simulation n’est pas liée à une maladie en particulier, elle s’inspire toutefois de la situation des renards arctiques et des renards roux. Au Québec, le premier groupe habite les terres circumpolaires de l’Arctique; il ne dépasse pas la baie James. Un variant arctique du virus de la rage est endémique chez cette espèce, c’est-à-dire qu’il y sévit en permanence à différents degrés selon les années.
De leur côté, les renards roux peuplent l’ensemble du Québec, mais sont de plus en plus présents dans le nord en raison du réchauffement de la planète et d’autres changements associés aux humains qui favorisent leur survie dans l’écosystème arctique. Ainsi, la population de renards roux se met à chevaucher celle des renards arctiques, avec qui ils sont en compétition pour se nourrir et s’abriter.
Et les scientifiques craignent que les renards roux soient infectés par la rage des renards arctiques et qu’ils propagent cette maladie au sud, où leur habitat s’étend.
«Notre modèle mathématique considère que, lorsque deux espèces capables de transmettre une maladie se rencontrent parce que l’une d’elles migre vers le nord lorsque le climat se réchauffe, il se crée un pont permettant la descente de la maladie vers le sud en raison de ce croisement des espèces», explique Patrick Leighton.