Les abondances de nombreux éléments mesurés par Stefan Pelletier et son équipe dans l’atmosphère de l’exoplanète, comme le manganèse, le chrome, le magnésium, le vanadium, le baryum et le calcium, correspondent de très près à celles de son étoile hôte ainsi qu’à celles de notre propre Soleil. Ces abondances ne sont pas le fruit du hasard : elles sont le produit direct du Big Bang, suivi de milliards d’années de nucléosynthèse stellaire, de sorte que les scientifiques mesurent à peu près la même composition dans toutes les étoiles. Celle-ci diffère toutefois de la composition des planètes rocheuses comme la Terre, dont la formation est plus complexe. Les résultats de cette nouvelle étude indiquent que les planètes géantes pourraient conserver une composition globale reflétant celle du disque protoplanétaire à partir duquel elles se sont formées.
Cependant, d’autres éléments se trouvent appauvris dans la planète par rapport à l’étoile, un résultat que Stefan Pelletier a trouvé particulièrement intéressant.
« Les éléments qui semblent manquants dans l’atmosphère de WASP-76 b sont précisément ceux qui nécessitent des températures plus élevées pour se vaporiser, comme le titane et l’aluminium, explique-t-il. En revanche, ceux qui correspondaient à nos prévisions, comme le manganèse, le vanadium ou le calcium, se vaporisent tous à des températures légèrement inférieures. »
L’interprétation de l’équipe de scientifiques est que la composition observée dans les couches élevées de l’atmosphère des planètes géantes peut être extrêmement sensible à la température. Selon la température de condensation d’un élément, celui-ci sera présent sous forme gazeuse dans la partie supérieure de l’atmosphère, ou condensé sous forme liquide dans les couches inférieures plus profondes. Lorsqu’il est sous forme gazeuse, l’élément joue un rôle important dans l’absorption de la lumière et peut être observé par les astronomes. Lorsqu’il est condensé, il ne peut pas être détecté par les astronomes et disparaît donc complètement de leurs observations.
« Si cette découverte est confirmée, cela signifierait que deux exoplanètes géantes ayant des températures légèrement différentes l’une de l’autre pourraient présenter des atmosphères très différentes, explique Stefan Pelletier. Un peu comme deux récipients d’eau, l’un à -1 °C où l’eau est gelée, et l’autre à + 1 °C où l’eau est liquide. Par exemple, le calcium est observé sur WASP-76 b, mais il ne le sera peut-être pas sur une planète légèrement plus froide. »