Un continuum
Dans une revue de la littérature, Becket Ebitz a mis en lumière que certaines formes d’exploration évoluent au cours du développement: elles peuvent être plus fréquentes dans la petite enfance et diminuer avec l’âge.
«Mes collègues qui travaillent sur le développement observent que les tout-petits sont particulièrement motivés pour explorer leur environnement et s’intéresser à tout, dit-il. Ils essaient souvent de nouvelles choses, même si elles ne sont pas très efficaces ou judicieuses. Au fur et à mesure qu’on vieillit, on semble délaisser cet état d’exploration pour s’enfoncer davantage dans l’exploitation des informations qu’on possède déjà.»
Selon le chercheur, cette variation serait très utile à l’apprentissage et fluctue aussi selon le contexte. Par exemple, dans un article récent, le professeur explique que, pendant la pandémie de COVID-19, les travailleurs et travailleuses de la santé ont vu leur capacité d’exploration compromise.
«Lorsque nous sommes stressés – lorsque le monde qui nous entoure est tout simplement trop imprévisible et éprouvant –, il ne nous reste plus assez d’énergie pour découvrir et apprendre. Nous nous contentons d’utiliser les informations dont nous disposons», souligne Becket Ebitz.
Cette fluctuation fait également émerger le dilemme de la stabilité-plasticité, soit le fait que le cerveau est à la fois suffisamment plastique pour faire de nouveaux apprentissages et assez stable pour se les rappeler.
«Pour l’instant, nous pensons que nous n’avons pas à être à la fois plastiques et stables, mentionne Becket Ebitz. Au contraire, nous alternons au fil du temps entre plasticité et stabilité. Il existerait aussi des différences individuelles dans ce processus d’alternance, ce qui pourrait expliquer pourquoi des personnes apprennent mieux dans certains environnements que dans d’autres.»