Schizophrénie et violence: ce que pourrait révéler le cerveau

En 5 secondes Une équipe de recherche a examiné les réponses neuronales au traitement des récompenses et des punitions chez certaines personnes atteintes de schizophrénie ayant eu des comportements violents.
Pour Stéphane Potvin, il est essentiel d’éviter tout amalgame entre psychose et violence.

Stéphane Potvin, professeur au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, s’intéresse depuis un bon nombre d’années aux signatures cérébrales des comportements violents dans la schizophrénie. 

L’objectif n’est pas de réduire la violence à ce qui se passe dans le cerveau, mais de comprendre certains mécanismes biologiques qui pourraient éventuellement mener à de nouveaux outils thérapeutiques.  

Lorsqu’il en parle, il apporte d’entrée de jeu une nuance importante: la grande majorité des personnes qui vivent avec un trouble psychotique ne commettent pas de gestes violents. En réalité, elles sont même plus souvent victimes qu’auteures d’actes violents.  

Les gens atteints de schizophrénie ou d’un trouble schizoaffectif qui ont un historique de violence physique grave – ayant causé des blessures physiques importantes, parfois avec des objets susceptibles d’entraîner une hospitalisation – constituent ainsi une sous-population particulière. Une frange qui présente fréquemment d’autres facteurs de risque, comme des antécédents de comportements antisociaux dès l’enfance ou des problèmes de toxicomanie. 

Pour le professeur, il est essentiel d’éviter tout amalgame entre psychose et violence. «La vaste majorité des gestes violents commis dans la société ne sont pas le fait de personnes qui ont un trouble psychotique», rappelle celui qui est également chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche Eli Lilly sur la schizophrénie.

Une expérience sur le gain et la perte

Dans une récente étude en neuro-imagerie, le chercheur et Alexandra Fortier, étudiante de doctorat et première auteure, se sont intéressés à la façon dont le cerveau de ces personnes réagit aux récompenses et aux punitions. 

L’équipe a donc observé l’activité cérébrale de participants placés dans un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pendant qu’ils effectuaient une tâche comportant de petites récompenses et pertes financières fictives. 

Concrètement, les participants voyaient apparaître différents symboles à l’écran. Un triangle vert annonçait une possible récompense financière s’ils réussissaient correctement une tâche chronométrée. Un triangle rouge signalait plutôt une possible perte d’argent en cas d’erreur. Un triangle jaune servait de condition neutre.  

Les scientifiques ont ensuite comparé des personnes atteintes de schizophrénie ayant un historique de violence physique grave avec d’autres sans un tel historique. 

Une question d’anticipation

Les résultats montrent qu’il n’existe pas de différence majeure entre les deux groupes lorsqu’il s’agit d’obtenir une récompense ou même de subir concrètement une punition. 

La différence apparaît plutôt au moment de l’anticipation: certaines régions cérébrales devenaient particulièrement actives chez les participants ayant un historique de violence physique grave lorsqu’ils croyaient qu’une punition pourrait être infligée.  

«Parmi les régions en jeu figurent le cortex cingulaire antérieur dorsal et l’aire motrice supplémentaire, deux zones associées notamment à l’attention qu’on porte aux stimulus et à la préparation à l’action. Une autre région liée à l’attention visuelle, le gyrus lingual, montrait aussi une activité accrue. On voit une sorte d’état d’“hypervigilance” par rapport aux menaces ou aux émotions négatives, comme nous l’avons remarqué dans d’autres études antérieures», précise Stéphane Potvin. 

Peut-on utiliser ces découvertes pour intervenir? 

Pour l’instant, l’équipe de recherche demeure prudente quant aux potentielles retombées cliniques de ces résultats. En neuro-imagerie, une étude seule ne suffit pas, les résultats doivent être reproduits à plusieurs reprises avant d’en tirer des conclusions solides, rappelle Stéphane Potvin. 

Si certaines signatures cérébrales se confirment au fil des études, elles pourraient éventuellement ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques pour faciliter la gestion de la colère. Le chercheur évoque notamment la neuromodulation, comme la stimulation magnétique transcrânienne, qui permet de modifier l’activité de certaines régions du cerveau sans chirurgie. L’idée serait éventuellement d’agir sur les circuits mobilisés dans l’hyperréactivité aux punitions potentielles par exemple.  

«Chez les personnes non psychotiques, davantage d’études en neuro-imagerie sur les comportements violents ou antisociaux ont été réalisées, et certains corrélats commencent à émerger», souligne le professeur. 

À plus long terme, il remarque que certains groupes de recherche dans le monde envisagent d’explorer le potentiel de la neuro-imagerie pour améliorer les outils de prédiction du risque de récidive violente. Une avenue complexe autant sur le plan scientifique que des points de vue financier et clinique. 

D’ici là, Stéphane Potvin considère que ce genre de recherche vise à mieux comprendre les mécanismes associés à une minorité particulière et à éviter les fausses généralisations. 

«Les médias s’intéressent davantage aux rares actes de violence commis par des personnes qui vivent avec un trouble psychotique qu’aux violences qu’elles subissent elles-mêmes. Et en ce qui a trait à la schizophrénie, la question de la violence est souvent l’un des principaux moteurs de la stigmatisation», déplore-t-il. 

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