Bouche en santé, cerveau en santé?

En 5 secondes Et si un simple examen de la bouche pouvait révéler des indices sur la mémoire et le sommeil? Ryma Kabir, de la Faculté de médecine dentaire de l’UdeM, veut étudier ce lien chez les personnes âgées.
L'équipe aimerait comprendre si la bouche peut nous donner des indices sur la santé du cerveau des personnes âgées.

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Pas de vacances pour la science! Article 54 / 54

La bouche est une fenêtre importante sur la santé. «On considère souvent la bouche séparément du reste du corps. Pourtant, elle pourrait nous révéler des informations précieuses sur notre santé, y compris celle de notre cerveau», mentionne Ryma Kabir, professeure à la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal et spécialiste en parodontie. Contrairement aux caries, les maladies parodontales passent souvent sous le radar, car elles ne sont pas douloureuses. Elles sont causées par des bactéries qui s’infiltrent dans la gencive et qui minent l’os autour de la dent à la longue. Elles touchent particulièrement les personnes âgées en raison de l’accumulation de plusieurs facteurs de risque (inflammation, diabète, vieillissement).

Ryma Kabir a lancé cet été un projet pilote réunissant des experts en dentisterie, sommeil, neuropsychologie et microbiologie de l’UdeM. Deux étudiants font également partie de l’équipe et participent à toutes les étapes du projet, de l’écriture du protocole à l’analyse des données en passant par le recrutement des patients, la collecte d’échantillons de salive et la distribution des questionnaires. «Les étudiants ne seront pas de simples observateurs. Ils prendront part à toutes les étapes du projet et vivront une véritable expérience de recherche clinique aux côtés d'une équipe multidisciplinaire», souligne-t-elle.

Une base de données unique

Un des objectifs du projet de recherche est de contribuer à la mise sur pied de Dentabanque, soit la première base de données facultaire (et éventuellement québécoise, et même canadienne) qui combinera données dentaires, cognitives et biologiques. Cette base de données pourra servir aux chercheurs et chercheuses de la Faculté de médecine dentaire, et même au-delà, dans leurs travaux et pour améliorer les soins aux patients. 

L’équipe composée d’une dizaine de personnes vise d’abord à recruter une dizaine de patients de la clinique dentaire universitaire. Les participants rempliront des questionnaires, notamment sur leurs habitudes de sommeil, et fourniront des échantillons de salive. Les données recueillies seront analysées à l’automne. «Nous avons la chance d’avoir un statisticien rattaché à la Faculté de médecine dentaire», précise Ryma Kabir.

Faire des liens

«On sait déjà que le sommeil influence la mémoire et que la santé buccale est liée à la santé générale. Ce qu'on ne sait pas encore, c'est comment ces trois éléments interagissent», note-t-elle.

Une mauvaise santé buccale est-elle le reflet d’autres problèmes de santé ou leur cause? «C’est ce que nous souhaitons explorer. Nous aimerions comprendre si la bouche peut nous donner des indices sur la santé du cerveau des personnes âgées. Est-ce qu’une inflammation des gencives ou certains marqueurs dans la salive pourraient être liés à des problèmes de mémoire ou de sommeil?» résume la chercheuse.

Ainsi, les bactéries responsables des maladies de gencives pourraient avoir un lien avec le sommeil et les facultés cognitives. De récentes recherches ont, par exemple, conduit à la découverte dans le cerveau de personnes atteintes d’alzheimer de la bactérie pathogène la plus fréquente dans la parodontite (une infection qui attaque les gencives). «Nous n'avons pas encore toutes les réponses, mais cette recherche pourrait mener à une nouvelle façon de voir la santé buccale, soit comme un reflet de la santé du cerveau», conclut-elle.

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