Je vois de manière assez évidente au moins trois principes qui peuvent être mis à contribution pour un usage responsable, éthique de ChatGPT.
Le premier principe fondamental à considérer est celui de l'autonomie. Ce principe se décline à plusieurs niveaux dans l'utilisation de la machine. Par exemple, lorsque des étudiants, des enseignants, des journalistes ou des avocats recourent à ChatGPT pour effectuer leur travail, ils compromettent leur autonomie. L'enjeu ici réside dans le fait de déléguer des tâches à la machine, ce qui pourrait entraîner une perte d'autonomie. Lorsqu'on cesse d'accomplir certaines tâches et qu’on les confie à autrui ou à une machine, on devient dépendant du travail effectué par ce tiers, en l'occurrence la machine.
Dans le domaine de l'éducation, l'utilisation de ChatGPT soulève des questions quant à l'autonomie des étudiants et étudiantes dans leur réflexion critique et à la formation du corps enseignant, qui pourrait être moins enclin à vérifier les sources ou à les comprendre, préférant se référer aux résumés fournis par ChatGPT. Certains usages de ChatGPT pourraient menacer nos capacités cognitives et donc notre autonomie.
Le second principe est celui de la solidarité. Ce principe énoncé dans la Déclaration stipule qu’on doit constamment veiller à maintenir des relations humaines de qualité et à n'utiliser les machines que pour améliorer ces relations. Ainsi, plutôt que de céder certaines tâches aux machines, il s’agit de collaborer avec elles et d’entretenir des relations interpersonnelles enrichissantes et parfois nécessaires à certaines fonctions sociales, comme dans les métiers du soin. On peut considérer que des services de psychologie fournis par ChatGPT sont en contradiction avec ce principe de solidarité. Mais cette utilisation est devenue une réalité. On se retrouve alors face à un véritable problème parce que manifestement on ne sait pas alors ce qu'est une relation thérapeutique. Des applications commerciales incontrôlées peuvent être catastrophiques parce qu'elles reposent sur une mécompréhension des principes éthiques du développement responsable de l’intelligence artificielle, dans le cas présent ce qu'est une relation thérapeutique et en général une relation humaine de qualité.
Le troisième principe est celui de la participation démocratique. Si nous ne comprenons pas le fonctionnement des machines, si nous n'exerçons aucun contrôle sur la production de contenu et si cette production de contenu perturbe les interactions entre les êtres humains et diminue la qualité des arguments échangés, alors nous sapons l'un des fondements de la démocratie, à savoir la capacité de prendre des décisions éclairées à partir de débats raisonnables avec nos concitoyens et concitoyennes. L’application du principe de la participation démocratique est cruciale dans ce contexte; elle requiert, pour préserver un contrôle humain sur l’intelligence artificielle, un certain niveau de transparence et une limitation de son utilisation par le grand public. Les interfaces de programmation d'application, qui permettent d’utiliser un programme comme ChatGPT dans une application tierce – comme des applications de consultations psychologiques –, devraient être soumises à un contrôle strict.