Julien Brisson: favoriser l'accès aux soins de santé chez les jeunes grâce à la bioéthique

En 5 secondes Nouveau professeur à la Faculté de pharmacie, Julien Brisson souhaite contribuer à faire des pharmacies communautaires une voie d'accès à la santé sexuelle et reproductive pour les adolescents.
Julien Brisson, professeur à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal

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En 2018, un poste d'assistant de recherche mène Julien Brisson au Panama, plaque tournante des organisations onusiennes actives en Amérique latine. Affecté à la section VIH/sida de l'Unicef, il assiste à une rencontre avec le directeur d'une clinique de santé sexuelle destinée aux jeunes hommes de minorités sexuelles au Guatemala.  

La clinique exige qu'un parent accompagne les mineurs venus se faire dépister pour le VIH: ceux qui se présentent seuls sont renvoyés chez eux, avec l'instruction de revenir accompagnés, même lorsqu’ils ont potentiellement été exposés au VIH et pourraient avoir besoin d’un traitement antirétroviral.  

Or, la plupart ne reviennent jamais à la clinique… Cette réalité devient le point de départ du doctorat en bioéthique de Julien Brisson et d’un programme de recherche consacré à l’autonomie des jeunes et à leur accès aux services de santé sexuelle et reproductive. Après deux postdoctorats à l’Université de Toronto, il poursuit ces travaux comme professeur adjoint à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal. 

Du primate à l'humain 

Adolescent, Julien Brisson est fasciné par les dynamiques sociales chez les singes et il rêve de devenir primatologue. Toutefois, à l'Université d'Ottawa où il amorce ses études, il n’y a pas de programme dans la discipline. Il se tourne alors vers l'anthropologie pour étudier, dit-il, «le plus compliqué des primates: l'humain». 

Ce détour le mène vers l'anthropologie et la sociologie de la santé, puis vers les thèmes de la sexualité et du VIH, qui traverseront la suite de son parcours. Dans son mémoire de maîtrise, il s’intéresse aux dimensions sociales et culturelles de la sexualité chez les jeunes hommes de minorités sexuelles, notamment à la manière dont ils envisagent le plaisir, le risque et la prévention du VIH.  

L'arrivée d’un traitement qui prévient la transmission du VIH – la prophylaxie préexposition – accentue son intérêt pour les questions éthiques entourant l'accès aux soins de santé. 

Une bioéthique née sur le terrain 

Son doctorat en bioéthique, obtenu en 2023 à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, porte sur l'autonomie des adolescents en Colombie pour accéder à des services de santé sexuelle et reproductive.  

Pourquoi axe-t-il sa thèse sur ces jeunes?  

«Parce que dans ce pays, un jeune de 14 ans peut légalement consentir à des soins de santé, mais l'appui parental demeure déterminant dans les faits, notamment pour l'accès à la contraception», explique-t-il.  

Ses données montrent alors que les parents eux-mêmes manquent d'information sur le sujet et peinent à en discuter avec leurs enfants. 

La qualité de ses travaux lui vaut le prix IRSC Nelson Mandela et il les poursuit au cours d'un premier postdoctorat à l'Université de Toronto, où il interroge des parents d'adolescents en Colombie. Les résultats confirment le constat initial: les parents souhaitent avoir accès à de meilleures ressources pour aborder la santé sexuelle et reproductive avec leurs enfants. 

Climat, migration et VIH 

Son deuxième postdoctorat l'amène à se pencher sur les effets des changements climatiques sur l’accès aux antirétroviraux et l’observance du traitement chez les jeunes vivant avec le VIH en Ouganda et en Colombie: inondations, sécheresse, manque d’eau potable, embouteillages et obligations scolaires deviennent autant d'obstacles à la prise régulière d'antirétroviraux. 

Puis, durant son troisième postdoctorat mené à l'École des villes de l'Université de Toronto, il se rend à Lima pour y étudier les enjeux de santé sexuelle et reproductive chez des travailleuses du sexe vénézuéliennes déplacées par la crise migratoire.  

«Il s'agit d'une crise humanitaire largement ignorée», résume-t-il en rappelant que près du quart de la population vénézuélienne a quitté le pays depuis 2015, surtout en raison de l'effondrement du système de santé et de la grande difficulté d'accès aux médicaments. 

Ce terrain le conduit aussi à s'intéresser à la réponse colombienne à cette crise. «La Colombie est un pays qui manque de reconnaissance, déplore-t-il. On y a mis en place une politique d'inclusion qui offre un accès gratuit aux traitements antirétroviraux aux migrants vénézuéliens vivant avec le VIH.» 

Cette production scientifique – qui compte à ce jour 43 articles évalués par les pairs! – doit beaucoup à son passage de trois ans au bureau du commissaire aux plaintes de Santé Québec Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal – Universitaire, où il est entré en poste le 1ᵉʳ mars 2020, à la veille du début de la pandémie.  

Comme la loi impose de répondre à chaque plainte dans un délai de 45 jours, dans un réseau comptant plus de 180 établissements, il a dû faire preuve d’une efficacité qui lui sert aujourd'hui dans ses recherches. «Avec les nombreuses plaintes reçues, il a fallu adopter la bonne pratique pour être le plus efficace possible», relate-t-il. 

Ouvrir les pharmacies aux jeunes 

À la Faculté de pharmacie de l’UdeM, Julien Brisson veut articuler ses travaux autour de deux axes.  

Le premier porte sur l'élargissement du champ de pratique des pharmaciens québécois, notamment en matière de prescription, de prévention et de déprescription. Il examine comment ces responsabilités peuvent contribuer à améliorer l’accès aux soins, la qualité des services et l’usage sécuritaire des médicaments.  

Le second axe est un prolongement de ses recherches antérieures: il souhaite faire des pharmacies communautaires une voie d'accès facilitée pour les adolescents en matière de santé sexuelle et reproductive, qu'il s'agisse de contraception, de pilule abortive ou de prophylaxie postexposition au VIH. Ces officines de quartier pourraient, selon lui, réduire les délais souvent longs pour obtenir un rendez-vous en CLSC. 

Enfin, Julien Brisson compte élargir ses travaux à la santé mentale des adolescents, un champ qu'il juge tout aussi négligé que celui de la santé sexuelle et reproductive.  

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