Un libre accès immédiat
Le premier avantage, c’est le caractère immédiat de la publication en libre accès. «Nous avons vu avec la pandémie que les retards dans les publications ont des répercussions sur notre capacité à résoudre des problèmes scientifiques. La recherche va relativement vite. Avoir un délai d’attente d'un an pour l'accès libre à tous, forcément, c'est une barrière à l'avancement des connaissances. Il faut que les articles soient accessibles à tout le monde dès le moment où ils sont publiés. Des délais d’attente d'un an, sans rendre la recherche inutile, ça a un effet sur l'usage qu'on peut en faire», affirme Vincent Larivière. Ces retards, d’ailleurs, venaient historiquement d’une mesure protectionniste en faveur des éditeurs, pour protéger leur marché et forcer les centres de recherche et universités à s’abonner à leurs plateformes pour avoir accès aux découvertes les plus récentes.
Aujourd’hui, les options aux grandes plateformes des éditeurs commerciaux existent et sont fréquemment proposées et soutenues par les établissements universitaires ou par de grands regroupements disciplinaires. On les qualifie de dépôts institutionnels, tel Papyrus, ou de dépôts disciplinaires, tel arXiv pour les physiciens. Ces dépôts s’appuient sur la stratégie d’autoarchivage, également appelée «voie verte» (voir l’encadré). Il s'agit de déposer des articles dans des archives disciplinaires ou institutionnelles. C'est ce que le gouvernement américain préconise.
Vincent Larivière rappelle que cette stratégie existe depuis les années 1990: «Créer une plateforme de dépôt et de diffusion en ligne fiable et accessible est beaucoup moins coûteux, et les équipes de recherche ont tout à gagner à y déposer leurs articles, surtout que cela n’empêche en rien la publication dans les revues plus traditionnelles.»
Coiffant sa casquette de directeur scientifique de la plateforme de revues en libre accès Érudit, le professeur soutient que la «voie diamant» est en quelque sorte la voie idéale de publication en libre accès. «Il s’agit de s'assurer que les revues savantes sont détenues par des groupes d’intérêts collectifs: des universités, des organismes à but non lucratif ou des sociétés savantes. Ces groupes d’intérêts collectifs, grâce au financement de l'État, peuvent alors garantir la gratuité des revues à la fois pour les auteurs et auteures et pour le lectorat. Les revues sont dès lors des biens communs, soutenues par des organismes de financement, les universités», explique-t-il.