Se réapproprier l’histoire par le zine: entre science ouverte et rencontre culturelle

En 5 secondes Au Rassemblement Mitig, un atelier a permis d’explorer l’histoire par la création et le partage dans une approche de science ouverte et de rencontre entre personnes allochtones et autochtones.
Dans les locaux du Centre de l’engagement étudiant

Dans la série

Les Premiers Peuples à l'UdeM Article 23 / 23

D’une part, réconcilier l’histoire racontée par les Européens dans les livres anciens avec la réalité des récits cachés entre les lignes et dans les discours officiels. D’autre part, favoriser la rencontre de personnes allochtones et autochtones à l’occasion du Rassemblement Mitig. Était-ce possible de réaliser les deux à la fois? L’atelier proposé par les Bibliothèques de l'Université de Montréal, en collaboration avec le Centre étudiant des Premiers Peuples et le Vice-rectorat au communautaire, à l'international et aux Premiers Peuples de l'UdeM, a relevé le défi grâce à une approche basée sur les principes de la science ouverte et du partage des savoirs à travers le contact avec les objets anciens et l’art pratiqué en groupe. 

L’atelier 

La méthode retenue comportait deux temps: découverte et inspiration d’abord, puis création et réinvention. La période de découverte a commencé dès l’entrée dans le Centre de l’engagement étudiant, à la mezzanine du pavillon 3200, rue Jean-Brillant, où des ouvrages anciens tout droit sortis des collections spéciales de l’Université et sagement posés sur des coussins attendaient les mains curieuses venues les feuilleter. 

Un livre ancien imprimé sur papier chiffon, avec cartes à déplier pour décrire les voyages d’exploration européens, côtoyait un fac-similé du spectaculaire Codex canadensis, rempli d’illustrations stylisées montrant les habitants, les outils, la faune et la flore du Canada du 17e siècle. 

La période de consultation, qui devait durer une trentaine de minutes, s’est étendue sur près d’une heure, riche en discussions, alors que les participantes et participants, penchés sur les pages, reconnaissaient ici un objet familier ou traditionnel, là une déformation due au regard colonial. La présence d’un participant innu d'Uashat Mak Mani-utenam transmetteur de savoirs a facilité les discussions sur la culture orale et la culture écrite, et la circulation des connaissances des personnes présentes. 

Les livres remballés et en chemin vers leur centre de conservation, des numérisations tirées d’une vingtaine d’ouvrages ont permis de passer à la phase création, animée par l’artiste autochtone Maïlys Flamand: «J'ai accepté d'animer cet atelier, car j'aimais son aspect créatif. Nous ne prenons jamais le temps en tant qu'individus de nous rassembler comme nous l'avons fait. Nous sommes souvent créatifs en étant seuls et cette fois-ci, créer ensemble, ça a fait du bien à tous ceux et celles qui y étaient, incluant moi!» 

Prenant part à l’activité et conseillère pour son volet évaluation, Héloïse Pelletier Gagnon, candidate au doctorat en psychoéducation, a pu observer comment se déroulaient les choses: «La nature créative et incarnée de l’activité a donné lieu à des échanges culturels et des discussions qui allaient et venaient entre la création et les histoires que chacun porte en soi.» 

La science ouverte aux bibliothèques

La science ouverte s’appuie sur un principe fondamental: rendre la science et les savoirs accessibles à tous et toutes. Elle s’inscrit comme une démarche qui dépasse les cadres traditionnels pour embrasser la pluralité des savoirs et des formes d’expression. À cet égard, le zine, une petite autopublication à la longue histoire militante et marginalisée, est un mode de diffusion unique de savoirs citoyens. 

En accord avec le plan d’action Place aux Premiers Peuples de l’Université de Montréal, dont l’un des objectifs est la valorisation des savoirs autochtones, les zines créés durant cet atelier feront l’objet d’une microexposition dans le réseau des bibliothèques de l’UdeM durant l’été. 

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