Du parchemin à l’imprimé: de nouveaux trésors à l’UdeM

En 5 secondes La Bibliothèque des livres rares et collections spéciales présente ses nouvelles acquisitions patrimoniales d’exception.
La Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l’Université de Montréal enrichit son patrimoine

Grâce à une enveloppe de 250 000 $ du fonds de dotation, la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l’Université de Montréal enrichit son patrimoine avec sept documents rares couvrant plus de 1000 ans d’histoire. Des manuscrits médiévaux, des incunables, un traité scientifique et un fac-similé prestigieux composent cet ensemble soigneusement sélectionné pour répondre à des besoins bien ciblés en enseignement et en recherche.

Des collections médiévales enrichies

L’une des acquisitions les plus significatives est un fragment manuscrit des Etymologiae d’Isidore de Séville, daté d’environ l’an 900. Ce feuillet devient le plus ancien manuscrit médiéval conservé à l’UdeM, comblant ainsi une lacune importante dans les collections. Jusqu’à présent, aucun manuscrit antérieur au 12siècle n’était disponible. «Avant l’an 1000, les documents sont extrêmement rares. Là, nous avons enfin un objet qui témoigne directement de cette période», souligne Éric Bouchard, bibliothécaire aux livres rares et collections spéciales. Rédigé en minuscule carolingienne, ce document permet d’étudier concrètement les pratiques scripturales du haut Moyen Âge. 

D’autres acquisitions mettent en lumière l’évolution du livre manuscrit au Moyen Âge. Un psautier enluminé produit en Flandres vers 1250 illustre cette transition vers des ouvrages de dévotion personnelle. De tout petit format, richement décoré, il était conçu pour être manipulé et consulté régulièrement.  «Ce type de livre montre qu’on passe de grands volumes collectifs à des objets plus intimes, destinés à un usage individuel», explique le bibliothécaire. 

Aussi, un livre d’heures parisien datant d’environ 1420 se distingue par la richesse de ses enluminures. Produit dans un atelier influencé par le Maître de Boucicaut, il présente 12 miniatures, de nombreuses initiales ornées et des marges rehaussées d’or. Cet ouvrage a été acquis pour sa valeur scientifique. «Nous avons privilégié la qualité du contenu et la diversité des éléments décoratifs, qui permettent d’en faire un outil pédagogique complet», précise Éric Bouchard. Ce manuscrit servira notamment dans des cours en histoire de l’art et en études médiévales. 

De nouveaux incunables

L’UdeM poursuit le développement de sa collection d’incunables, ces rares livres imprimés avant 1500, en misant sur des pièces à forte valeur documentaire. 

L’édition lyonnaise de 1491 du Songe du Vergier constitue l’un des ajouts les plus marquants. Rédigé en moyen français, cet ouvrage politique du 14siècle traite des relations entre le pouvoir royal et le pouvoir ecclésiastique. Commandé par Charles V, il met en scène un débat entre un clerc et un chevalier. «C’est un incunable en français, ce qui est extrêmement rare dans nos collections, majoritairement constituées de documents en latin, indique Éric Bouchard. C’est aussi un clin d’œil à notre faculté de droit, qui donne ses cours en français, puisque c’est un texte fondamental pour l’histoire du droit public.» 

Un second incunable, imprimé à Augsbourg vers 1471 par Johann Schüssler, vient enrichir la diversité des ateliers représentés. Aucun ouvrage de cet imprimeur ne figurait auparavant dans les collections spéciales de l’UdeM. Ce texte théologique, centré sur la défense de l’autorité papale, témoigne des débats intellectuels de la fin du 15siècle. Particularité notable de ce livre: sa reliure intègre des feuillets manuscrits du 14siècle, offrant un double intérêt pour les chercheurs et chercheuses. 

D’autres pièces d’exception

Les nouvelles acquisitions ne se limitent pas au Moyen Âge.  

Ainsi, le Traité complet de l’anatomie de l’homme, de Jean-Marc Bourgery, publié au 19siècle, représente une avancée majeure dans l’illustration scientifique. Composé de 9 volumes et de 750 lithographies colorées, dont certaines sont grandeur nature lorsqu’on les déplie, cet ouvrage se démarque par la précision de ses planches. «Elles étaient si précises qu’elles ont servi à l’enseignement jusqu’au début du 20siècle», note Éric Bouchard. Cette acquisition vient compléter la collection du DLéo Pariseau, déjà riche en ouvrages médicaux, comportant plus de 2000 livres sur l’histoire des sciences et de la médecine. 

Enfin, un fac-similé de la Bible de Maciejowski réalisé en 1998 vient compléter la collection de reproductions médiévales. Cet ouvrage, inspiré d’un manuscrit du 13siècle, présente 283 superbes miniatures gothiques illustrant différentes scènes bibliques. «L’ouvrage aurait été commandé par saint Louis et serait ensuite allé en Espagne, puis serait passé entre les mains d'un cardinal polonais, qui l'a ensuite offert au shah de Perse, raconte le bibliothécaire. Cet ouvrage est aussi appelé Bible des croisades. Il représente plutôt les guerres du roi David, interprétées et illustrées de manière médiévale!»  

Les fac-similés jouent un rôle essentiel dans l’enseignement. «Ils permettent une manipulation sans risque tout en offrant une expérience visuelle fidèle», poursuit-il. 

Des acquisitions rendues possibles grâce à la philanthropie

Ces acquisitions sont rendues possibles grâce à la philanthropie, un pilier du développement des collections. «Depuis toujours, nos collections se développent principalement grâce aux dons en nature, rappelle Maryna Beaulieu, directrice de la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales. Ce fonds de dotation nous a permis d’aller plus loin, d’acquérir des pièces exceptionnelles qui auraient été hors de portée autrement.» 

Au-delà de ces acquisitions, la Bibliothèque souhaite faire connaître ses collections à la communauté, car «les livres ne sont pas pensés comme des objets précieux que l'on conserve dans la réserve. Nous acquérons pour diffuser», résume-t-elle. Ces nouvelles pièces seront ainsi accessibles pour différents cours, que ce soit en bibliothéconomie, histoire de l’art, histoire, droit ou encore médecine… 

En réunissant ces témoins uniques de l’histoire du livre, l’Université de Montréal renforce sa mission de transmission du savoir. Et ce, au bénéfice des communautés étudiante et de recherche, mais aussi de la collectivité. 

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