Les approches traditionnelles de prévention, quelles que soient leurs appellations – éducation aux drogues, sensibilisation –, montrent des limites importantes, notamment lorsqu’il s’agit d’empêcher ou de retarder la consommation ou de réduire sa fréquence, la quantité ou la diversité des substances. En anglais, on parle souvent de drug prevention, mais ce terme reste flou: veut-on prévenir tout usage? Un usage précoce? L’usage de certaines substances par certaines personnes? Une consommation à risque?
Dans le domaine de l’éducation, on applique généralement des principes scientifiques visant à présenter les sujets de manière objective et équilibrée. À l’école, on aborde les thèmes avec une perspective nuancée, en exposant à la fois les avantages et les inconvénients dans le but de développer la pensée critique et l’autonomie intellectuelle des élèves. Pourtant, lorsqu’il s’agit des drogues, cette rigueur pédagogique est souvent mise de côté au profit d’un discours plus moralisateur et dogmatique, où l’objectif semble être d’imposer une vision prédéfinie plutôt que de favoriser un esprit critique.
On reconnaît aujourd’hui que la stigmatisation de l’usage de drogues est un déterminant social de santé, au même titre que l’éducation ou la pauvreté. Mais trop souvent, les approches traditionnelles contribuent à cette stigmatisation en condamnant l’usage, ce qui renforce l’exclusion, la discrimination et la détresse des personnes concernées. Selon moi, cette marginalisation a des conséquences bien plus graves que les substances elles-mêmes. Il est donc essentiel de repenser notre façon de faire en misant sur la compréhension et l’accompagnement plutôt que sur la culpabilisation.
Aussi, la consommation de substances psychoactives fait partie intégrante de l’expérience humaine – et même animale – depuis toujours. Les anthropologues la considèrent comme un comportement naturel, au même titre que la sexualité ou le jeu. Vouloir éradiquer totalement l’usage de substances est donc une vision déconnectée de la réalité. Il est illusoire d’imaginer un monde où plus aucune substance psychoactive ne serait consommée.
Devant ce constat, je propose une éducation positive en matière de drogues, qui repose sur l’acceptation de cette réalité et sur une approche fondée sur les faits. La consommation de substances existe et existera toujours. Il ne s’agit pas de l’encourager, mais de l’aborder de manière pédagogique et rationnelle afin de mieux outiller les jeunes pour qu’ils fassent des choix éclairés et qu’ils soient à même de réduire les risques lorsqu’il y a consommation.