Une œuvre missionnaire
Fondée en France en 1843, l’œuvre de la Sainte-Enfance est arrivée au Québec en 1851, «presque 100 ans plus tôt que je pensais», s’étonne Catherine Larochelle. Essentiellement une façon de financer des missions d’évangélisation, l’œuvre a ceci de particulier qu’elle s’adressait à des enfants. «Au 19esiècle, et encore en partie au 20e siècle, comme mon étudiant à la maîtrise Benoit Gaudreault et moi l’avons démontré, c’était surtout les jeunes filles qui y participaient volontairement et qui étaient invitées à faire ce “sacrifice”», précise-t-elle.
On invitait ainsi les enfants à ramasser et à donner une somme d’argent (1, puis 10, puis 25 cents) pour acheter l’âme d’un enfant dit païen. Lorsqu’ils récoltaient la somme précise, les enfants avaient le droit de choisir le nom du bébé à baptiser. «On a vraiment joué sur cette idée du sauveur blanc», observe Catherine Larochelle. Au plus fort du mouvement, «c’était une obligation dans les écoles primaires du Québec, c’était instauré d’office», dit-elle.
La professeure souhaite donc explorer la mémoire du phénomène et démystifier au passage quelques-uns de ses aspects. Par exemple, si l’image du «petit Chinois» est restée dans les esprits, les missions, elles, se déroulaient en Afrique, en Asie du Sud, en Amérique du Sud et en Haïti, en particulier après l’expulsion des missionnaires de la Chine communiste. «Une des interprétations qui circule, c’est qu’il s’agissait d’une arnaque. Les gens se demandent où allait cet argent», ajoute-t-elle. La recherche dans les archives permettra notamment de mettre au jour les structures administratives entre la France, le Québec et les missions dans le monde.