Alors que les mouvements pacifistes se multiplient en Europe, aux États-Unis et au Canada anglophone entre les deux guerres mondiales, aucun ne voit le jour au Québec francophone, pas même à Montréal. Cette absence de mobilisation structurée ne signifie pas pour autant que la paix est ignorée par les Canadiens français. Au contraire, elle occupe une place centrale dans le discours catholique. Mais que recouvre alors cette notion?
Pour analyser la façon dont cette réflexion a cours au Québec, il était impossible de s’appuyer sur les archives d’organisations pacifistes, puisqu’aucune n’existait. Carl Bouchard, professeur d’histoire à l’Université de Montréal, et son étudiant Vincent Perras se sont donc tournés vers les archives de l’École sociale populaire (ESP) du Québec, dirigée par les Jésuites. Ils ont découvert que, loin de s’engager dans un pacifisme politique, l’ESP développe une conception de la paix qui repose sur l’ordre social, la morale chrétienne et la lutte contre les idéologies perçues comme menaçantes, notamment le communisme.