Psilocybine et soins palliatifs: accueil favorable, mais méconnaissance

En 5 secondes Une équipe de recherche s’est penchée sur les connaissances et les attitudes des acteurs des soins palliatifs quant à la thérapie assistée par cette substance psychédélique.
La psilocybine est la substance psychoactive présente dans certains champignons «magiques».

La psilocybine, la substance psychoactive présente dans certains champignons – ceux dits «magiques» –, fait l’objet d’un regain d’intérêt scientifique depuis plusieurs années. Les études se multiplient et les résultats obtenus sont prometteurs pour le traitement de différents troubles de santé mentale, au point où certains pays ont commencé à assouplir leur cadre règlementaire afin d’en permettre l’usage clinique dans des cas précis.

Si ce type de thérapie devait éventuellement être implanté dans le système de santé québécois, les professionnels concernés y seraient-ils favorables? Quels obstacles et quels avantages prévoient-ils? 

Voilà les questions auxquelles a voulu répondre une équipe de recherche dont fait partie le DNicolas Garel, psychiatre à Santé Québec – CHUM et professeur au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal. Ce chercheur s’intéresse aux nouvelles approches intégrées pour traiter les troubles mentaux et les troubles liés à l’usage de substances, notamment par l’utilisation de la psilocybine.

Un accueil généralement favorable

Dans une nouvelle étude, l’équipe a recruté plus de 120 acteurs des soins palliatifs (médecins, professionnels de la santé, proches aidants et gestionnaires) dans les quatre provinces les plus peuplées du Canada: le Québec, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique. 

L’enquête a évalué leurs connaissances et leurs attitudes, ainsi que les obstacles et les facteurs favorables à l’intégration efficace de la thérapie assistée par la psilocybine dans un contexte de soins palliatifs. 

Les résultats montrent que, même si moins de la moitié des participants ont déclaré avoir une bonne connaissance des bienfaits et des risques des thérapies assistées par la psilocybine, ils sont majoritairement en faveur de leur implantation dans les milieux de soins canadiens. Et les médecins figureraient parmi les groupes les plus ouverts à cette approche.   

Selon le DGarel, cet intérêt reflète en partie les limites des traitements actuels. «Malgré les progrès de la médecine et de la psychothérapie, certaines personnes ne répondent pas adéquatement aux approches classiques. Le recours à la psilocybine apparaît ainsi comme une avenue potentielle pour répondre à des besoins encore mal comblés», estime-t-il.  

La population canadienne semble d’ailleurs partager cette ouverture. Une étude précédente du groupe de recherche menée auprès du grand public révélait que plus de 60 % des répondants étaient favorables à ce type d’intervention. 

Apaiser la détresse existentielle en fin de vie 

La thérapie assistée par la psilocybine combine la prise de la substance et un accompagnement psychothérapeutique structuré avant, pendant et après la séance. Les bienfaits thérapeutiques découleraient de l’interaction entre les effets biologiques de la substance et le travail psychologique réalisé avec l’équipe soignante. 

«La psilocybine provoque des états modifiés de conscience qui peuvent transformer temporairement la perception de soi, des autres et du monde», explique le DGarel. 

Dans un contexte de soins palliatifs, les recherches montrent notamment des diminutions des symptômes dépressifs et anxieux chez des personnes confrontées à une maladie incurable ou à une mort imminente. Les équipes de recherche s’intéressent particulièrement à la détresse existentielle: ce sentiment de perte de sens, de désespoir ou d’incapacité à profiter du temps qu’il reste à vivre.  

«Les études qualitatives indiquent que les thérapies assistées par la psilocybine pourraient favoriser une meilleure acceptation de la maladie et de la fin de vie, poursuit le psychiatre. Plusieurs participants rapportent une réconciliation entre l’idée de la mort et le fait d’être encore vivants dans le présent. D’autres décrivent un sentiment accru de connexion avec leurs proches, avec eux-mêmes ou avec quelque chose de plus vaste qu’eux.»  

Pour certaines personnes, ce traitement semble contribuer à redonner un sens à l’existence et à mieux utiliser le temps qui reste. D’autres, toutefois, peuvent vivre des expériences difficiles, marquées par la peur, l’anxiété ou la remontée de souvenirs traumatiques.  

Un cerveau plus flexible 

Comment expliquer les effets bénéfiques de ce type de thérapie? Sur le plan cérébral, mentionne le DGarel, la psilocybine modifierait temporairement la façon dont les différentes régions du cerveau communiquent entre elles. Elle favoriserait également un état de plasticité neuronale accrue, c’est-à-dire une plus grande capacité du cerveau à créer ou réorganiser ses connexions.  

Cette plus grande flexibilité pourrait aider certaines personnes à sortir de schémas de pensée rigides, de ruminations ou de façons habituelles d’interpréter leur situation. Les interventions psychothérapeutiques deviendraient alors plus efficaces parce que la personne est davantage en mesure d’envisager de nouvelles perspectives.  

«Des travaux donnent à penser que ces changements cérébraux pourraient persister plusieurs jours, voire plusieurs semaines après l’administration de la substance, bien après sa disparition de l’organisme», ajoute le chercheur. 

L’importance de bien former 

Même si les résultats de diverses études sont prometteurs, l’implantation de ces thérapies demeure un défi de taille. Le principal obstacle relevé par le DGarel n’est pas tant l’accès à la substance que la disponibilité de professionnels adéquatement formés.  

Soigner par une thérapie assistée par la psilocybine exige des compétences particulières en psychothérapie, en accompagnement clinique et en gestion des réactions psychologiques pouvant survenir pendant la séance. Or, il n’existe actuellement ni programme de formation standardisé ni certification reconnue au Canada.  

L’élaboration de formations universitaires spécialisées pourrait donc représenter une étape phare dans les prochaines années. Certaines universités américaines ont déjà commencé à intégrer ces contenus à leurs programmes de psychiatrie. 

Pour le chercheur, une chose est claire: l’intérêt scientifique et social pour les thérapies à l’aide de substances psychédéliques n’est pas près de s’essouffler. Les données accumulées jusqu’à présent laissent croire qu’elles pourraient éventuellement occuper une place parmi les outils thérapeutiques disponibles, particulièrement pour les personnes dont la souffrance résiste aux traitements actuels.  

«Cela ne signifie pas qu’elles constitueront un remède miracle ni qu’elles conviendront à tout le monde. La question n’est plus de savoir si l’on doit réfléchir à leur implantation, mais plutôt comment le faire de façon sécuritaire, rigoureuse et équitable», conclut-il. 

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