Une chaire pour repenser l’enseignement supérieur dans une perspective internationale

En 5 secondes Une nouvelle chaire de recherche explore les dynamiques mondialisées de l’enseignement supérieur et propose de créer des modèles d’internationalisation éthiques et collaboratifs.
La chaire est la première à être hébergée par une université francophone.

La Chaire de recherche du Canada en enseignement supérieur comparé et international est la toute première chaire de recherche du Canada en enseignement supérieur hébergée par une université francophone. Elle vise à mieux comprendre les transformations globales du secteur et à proposer des collaborations plus humaines entre établissements. 

Nous nous sommes entretenus avec son titulaire, Olivier Bégin-Caouette, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.

Pourquoi avoir créé cette chaire?

Je suis spécialiste de l’enseignement supérieur, un champ d’études bien établi dans les contextes anglophones – soit au Canada anglais, au Royaume-Uni et aux États-Unis –, mais encore peu présent dans la francophonie. Il était donc important pour moi de contribuer à structurer ce champ en français. 

Avec mes collègues de la Faculté des sciences de l’éducation, nous avons d’abord créé un diplôme d’études supérieures spécialisées et une maîtrise consacrés à l’enseignement supérieur, ce qui a été une étape importante. Puis, en 2019, j’ai cofondé le Laboratoire interdisciplinaire de recherche sur l’enseignement supérieur, qui est aujourd’hui le plus grand regroupement de chercheurs et chercheuses en enseignement supérieur de la francophonie. 

Une fois ces bases posées, il me semblait essentiel d’aller plus loin et d’ancrer l’étude de l’enseignement supérieur dans une réflexion qui transcende les frontières. Le champ est mondialisé et exige que les chercheuses et les chercheurs adoptent une approche comparative pour proposer des pistes d’action adaptées à un monde en profonde mutation. 

Il est intéressant de noter qu’au Canada les cinq chaires de recherche du Canada qui portent sur l’enseignement supérieur sont toutes situées dans des universités anglophones. La nôtre est donc la toute première à être hébergée par une université francophone.

 

Pouvez-vous présenter le premier axe de recherche de la Chaire, consacré aux dynamiques de concurrence?

L’enseignement supérieur est aujourd’hui un espace mondialisé marqué par différentes dynamiques de concurrence. 

La première est économique: compétition pour attirer des étudiantes et des étudiants étrangers, obtenir des brevets ou encore exporter des programmes d’enseignement. Cette logique s’est intensifiée depuis la libéralisation du commerce dans les années 1990. 

La seconde relève du prestige: présence dans les classements internationaux, publications dans les revues à facteur d’impact élevé, citations scientifiques, etc.  

Ces dynamiques ne produisent pas les mêmes effets selon qu’on se trouve en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique. C’est pourquoi je collabore avec des collègues, notamment en Amérique latine et en Afrique, afin d’étudier comment ces pressions concurrentielles influencent les acteurs dans des contextes variés, y compris dans des environnements linguistiques ou socioéconomiques moins privilégiés. 

Par exemple, je travaille avec l’Organisation universitaire interaméricaine et des chercheurs et chercheuses de sept pays à la création de l’Inter-RED, le premier réseau interaméricain d’études sur l’enseignement supérieur. Nous venons d’ailleurs d’organiser une école interaméricaine au Costa Rica et nous souhaitons en faire un rendez-vous annuel pour favoriser le travail collaboratif entre étudiants et étudiantes de différents pays.

 

Le deuxième axe concerne l’internationalisation éthique. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Si le premier axe porte sur les effets des dynamiques concurrentielles, le second s’intéresse à la capacité des acteurs à proposer des formes de collaboration différentes, fondées sur des valeurs humanistes. Les établissements ne sont pas de simples réceptacles des pressions internationales: ils peuvent créer des partenariats qui encouragent le dialogue entre les cultures, le partage des savoirs et la compréhension mutuelle. 

Cet axe explore donc comment les activités internationales peuvent soutenir une vision éthique et transformatrice de l’enseignement supérieur. 

Par exemple, je mène un vaste projet de recherche-action avec 13 cochercheurs et cochercheuses d’universités, de cégeps et de la Fédération des cégeps. Ensemble, nous étudions les milieux d’apprentissage en réseau international, où des enseignantes et des enseignants du collégial coconstruisent des activités pédagogiques avec des collègues d’autres pays. Les étudiants et étudiantes collaborent ensuite virtuellement, ce qui leur offre une expérience internationale même s’ils n’ont pas les moyens de voyager. 

Je travaille aussi avec des collègues de France, du Canada et du Royaume-Uni sur les effets des parcours universitaires entièrement en ligne chez les étudiantes et les étudiants étrangers. Ces formules soulèvent des questions éthiques sur la persévérance et le sentiment d’appartenance. Elles offrent aussi des possibilités intéressantes en permettant l’accès aux études supérieures sans quitter son pays, ce qui réduit en partie l’exode des cerveaux. 

L’objectif global est de réfléchir, avec les acteurs du milieu, à des façons d’internationaliser l’enseignement supérieur qui replacent l’être humain au cœur du processus au lieu de favoriser la logique de prestige ou de rentabilité.

Pour plus d’information sur la Chaire de recherche du Canada en enseignement supérieur comparé et international.

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