Redonner vie au patrimoine autochtone

En 5 secondes Des biens culturels de Premiers Peuples de la collection ethnographique du Département d'anthropologie de l'UdeM deviennent des outils pédagogiques grâce à des témoignages sur vidéo.
L'objectif du projet est de contribuer à la valorisation et à la reconnaissance des perspectives, des savoirs et savoir-faire autochtones.

Il y a le patrimoine culturel et il y a les voix. Et maintenant, les deux ne font plus qu'un.

À l'Université de Montréal, sur les 4000 objets de la collection ethnographique du Département d'anthropologie, environ 500 sont des biens culturels autochtones des communautés atikamekw nehirowisiw, innue et inuite (Inuinnait, Netsilingmiut et Nunavimmiut).

En classe et en ligne, ces objets – des raquettes et des porte-bébés, des couteaux à neige et des lampes à huile – peuvent susciter l'intérêt des apprenants pour l'histoire, la géographie et l'anthropologie, les aider à comprendre différentes sociétés et différents territoires, piquer leur curiosité pour le patrimoine et développer leur sensibilité culturelle.

Mais jusqu'à récemment, il manquait à la collection des voix pour leur redonner vie, à savoir les témoignages des membres des communautés autochtones qui détiennent les connaissances culturelles nécessaires pour interpréter l'histoire derrière les objets et leur signification.

Aujourd'hui, grâce à une initiative d’un spécialiste de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UdeM et des membres de l'équipe du projet, ces voix peuvent être entendues. Le projet s'intitule Rencontres au cœur de la collection ethnographique et est dirigé par Kevin Péloquin, professeur adjoint au Département de didactique de la faculté.

Ce projet de 25 000 $, qui a nécessité un an de travail, fait également appel à la conservatrice de la collection Violaine Debailleul, la conseillère en engagement et innovation sociale des Bibliothèques de l'UdeM Marie-Pierre Gadoua et deux organismes autochtones, La Boite Rouge VIF, basée à Chicoutimi, et Ivirtivik, basée à Montréal.

La première aide les communautés autochtones à préserver et à promouvoir leur patrimoine culturel. La seconde est une initiative de l'Administration régionale Kativik, qui représente la majeure partie de la région du Nunavik, dans le nord du Québec, où vivent environ 10 000 personnes.

Le Vice-rectorat au communautaire, à l’international et aux Premiers Peuples de l'Université de Montréal ainsi que le ministère de l'Enseignement supérieur du Québec ont aussi apporté leur soutien au projet, financé dans le cadre du plan d'action Place aux Premiers Peuples de l'UdeM.

Une grande fierté

«Je suis très fier de ce projet, dont l'objectif est de contribuer à la valorisation et à la reconnaissance des perspectives, des savoirs et savoir-faire autochtones», déclare Kevin Péloquin, également chercheur au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante de l'UdeM.

«Le volet principal du projet consiste en une série d'enregistrements audiovisuels des rencontres que nous avons tenues en mars et en mai 2025 avec sept experts culturels autochtones venus voir la collection ethnographique. Les échanges que nous avons eus ont été riches en enseignements», raconte-t-il.

Publiés en ligne, les enregistrements présentent des perspectives autochtones sur les objets culturels et sont accessibles non seulement aux étudiants et étudiantes en éducation, mais aussi à l’ensemble de la communauté de l'UdeM ainsi qu’au grand public. Il y a neuf entretiens complets, dont deux avec trois participants inuits.

«Les entretiens vidéos sont désormais intégrés aux cours de didactique de la géographie et de l'histoire afin que les étudiantes et les étudiants puissent concevoir des méthodes permettant d'enseigner les différentes perspectives, connaissances et compétences des Premiers Peuples dans les écoles primaires et secondaires», dit Kevin Péloquin.

Pour l'instant, le matériel est presque entièrement en français, avec des sous-titres en français, mais le chercheur espère obtenir un financement pour réaliser des traductions complètes en anglais afin que les écoles et les communautés anglophones et francophones puissent en bénéficier de façon équitable.

«Tout objet a son utilité propre»

Dans une série de courtes vidéos, sept «porteurs de savoirs» issus des communautés atikamekw nehirowisiw, innue et inuite ont communiqué des informations et raconté des souvenirs liés à des objets qu'ils ont manipulés et choisis dans la collection ethnographique du Département d'anthropologie de l'UdeM.

Voici des extraits de quelques-uns de leurs témoignages.

Les objets représentent les meilleures façons de faire à une certaine époque. Ils sont le fruit de plusieurs années d’amélioration et nous amènent à réfléchir sur la façon de fabriquer, sur les technologies utilisées. Lorsque vous analysez ces objets et en apprenez un peu plus sur leur conception, vous comprenez que c'est un éventail complet. Le couteau croche par exemple est croche pour une bonne raison: ça a l'air primitif, mais ce ne l'est pas, c'est vraiment très ingénieux.

Samuel St-Onge (Innu)

Tout objet qui est là a son utilité propre. Quand j'étais petit, la maison était un temple: l'odeur du sapin, l'odeur de la cuisine de ma mère. Ma mère me faisait des mocassins, ma grand-mère me contait des histoires, mon grand-père me contait sa vie, celle des siens, qui ont été chez nous […] Le bouleau a différentes épaisseurs d'écorce: certaines sont minces, d'autres plus épaisses. C'est souvent au début de l'été qu'on allait cueillir les matériaux nécessaires à la confection des canots.

Jacques Newashish (Atikamekw nehirowisiw)

Les objets que nous voyons ici nous ramènent à des endroits, des souvenirs, des lieux. On apprend beaucoup de choses. C'est important de transmettre des savoirs et savoir-faire sur ces objets même s'ils sont loin des champs d’intérêt des jeunes d'aujourd'hui. Les jeunes doivent connaître pourquoi ces objets sont sacrés, respectés. Le harpon par exemple: il y en avait un communautaire, planté sur le côté de la rivière. Vous vous en serviez et vous le remettiez sur le bord de la rive pour les autres familles. C'était un outil communautaire, tout comme la louche en écorce de bouleau.

Jean St-Onge (Innu)

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