Le CSSMB lance un conseil scientifique pour ancrer ses pratiques dans la recherche

En 5 secondes Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys crée un conseil scientifique pour rapprocher recherche et écoles afin de soutenir la réussite, l’équité et le bien-être des élèves.
Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB) a lancé son conseil scientifique

Le 11 février, le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB) a lancé son conseil scientifique, une initiative visant à rapprocher durablement la recherche et le terrain pour soutenir la réussite éducative et le bien-être des élèves.  

Devant de nombreux partenaires des milieux scolaire et universitaire, des représentants syndicaux ainsi que des élèves, la direction a présenté ce nouveau lieu de collaboration comme une réponse structurée aux défis complexes auxquels fait face l’éducation. 

Une réponse aux «problèmes épineux» de l’éducation

Après avoir atteint un taux de diplomation et de qualification de 90,8 %, le CSSMB affiche aujourd’hui un taux de 87,6 % pour la cohorte de 2017. Une baisse qui s’inscrit dans une tendance observée à l’échelle du Québec. Chez les groupes d’élèves les plus vulnérables, cette diminution varie de 2 à 4,5 %.  

La pandémie, combinée à des transformations sociodémographiques majeures, a fragilisé les trajectoires scolaires. À Montréal, l’arrivée annuelle de milliers de nouveaux élèves, dont plusieurs en classe d’accueil, accentue la pression sur les écoles. À cela, il faut ajouter le nombre d’élèves en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. «Depuis 2015, le taux d’augmentation d'élèves autistes est de 100 %, a mentionné Eric Lauzon, directeur général adjoint du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys. Les vulnérabilités ne s’additionnent plus, elles se multiplient.» 

S’appuyant sur le récent rapport du Conseil supérieur de l’éducation consacré aux problèmes épineux vécus par les écoles de la province, la direction du CSSMB a rappelé que les défis éducatifs contemporains (inégalités sociales, inclusion, réussite, socialisation) exigent une approche systémique et des pratiques validées scientifiquement. «Pour arriver à résoudre des questions délicates, on doit se tourner vers des pratiques exemplaires et s'assurer que la science peut orienter les décisions et les gestes au quotidien. Il faut être aussi sérieux en éducation qu’on l’est en médecine», a affirmé Dominic Bertrand, directeur général du CSSMB, plaidant pour des décisions éclairées par des données probantes. 

Un partenariat structuré avec la communauté scientifique

Le Conseil scientifique regroupera des membres de la recherche universitaire, des directions d’établissement, du personnel éducatif et, selon les projets, des professionnels et des élèves. Il poursuivra cinq objectifs: répondre aux besoins diversifiés des 103 établissements, orienter la prise de décision à partir de résultats probants, soutenir l’évaluation et la mise en place de pratiques porteuses, rapprocher la science et les milieux et consolider une culture de consultation scientifique. 

Le Conseil s’organisera autour de six champs d’expertise: petite enfance et préscolaire; primaire; secondaire; élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage; formation professionnelle et formation générale des adultes; santé et bien-être des élèves et du personnel ainsi que développement professionnel. 

Dans la continuité du travail effectué par le Centre d’intervention pédagogique en contexte de diversité (CIPCD), créé en 2012 en partenariat avec l’Université de Montréal, cette nouvelle instance entend renforcer une culture de collaboration déjà bien ancrée. Le CIPCD avait notamment contribué à améliorer de façon marquée la diplomation chez les élèves immigrants de première génération, maintenant un écart favorable de neuf points au-dessus de la moyenne québécoise. 

Mettre la science au service de l’égalité des chances

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, directrice de l’Observatoire pour l'éducation et la santé des enfants (OPES) et membre du Conseil scientifique, Sylvana Côté a insisté sur l’importance d’une lecture longitudinale des inégalités scolaires. Elle a souligné que seulement 60 % des garçons fréquentant des écoles de milieu défavorisé obtiennent un diplôme d’études secondaires au Québec. Dès la maternelle, 40 % d’entre eux ne présentent pas les indicateurs de maturité scolaire attendus. En sixième année, 40 % échouent à l’examen ministériel de mathématiques, ce qui multiplie par 15 leur risque de ne pas obtenir de diplôme. 

«Les besoins du milieu scolaire sont urgents et souvent complexes. Le Conseil scientifique est une initiative visionnaire pour y répondre. L’Observatoire pour l'éducation et la santé des enfants mettra la science au service des écoles, avec des données et des évaluations utiles, pour appuyer des actions concrètes en faveur de la réussite éducative et de l’égalité des chances», a-t-elle déclaré. 

Selon Sylvana Côté, les savoirs scientifiques ne prennent tout leur sens que s’ils sont implantés avec rigueur et adaptés aux réalités des milieux. «Les chercheurs veulent aider. Les statistiques et les publications sont des moyens pour soutenir ces actions», a-t-elle ajouté, appelant un rassemblement des expertises et des ressources autour d’objectifs communs.  

Pour rassembler ces expertises, l’OPES a embauché Marilyn Baillargeon, qui s’occupe à temps plein de la collaboration entre l’Observatoire et le CSSMB. «Vingt-cinq chercheurs et chercheuses de l’UdeM travaillent à l’OPES et Marilyn Baillargeon assure la mise en œuvre des projets de recherche-intervention que nous menons», a dit Sylvana Côté. 

Une gouvernance partagée pour des retombées durables

Le Conseil scientifique reposera sur des principes reconnus en développement professionnel: un arrimage explicite à l’amélioration des apprentissages, des activités appuyées par des données probantes, une démarche d’accompagnement collaborative, une implantation inscrite dans la durée et un leadership pédagogique fort. 

«Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon», a fait remarquer Eric Lauzon. L’enjeu est d’assurer une implantation rigoureuse et pérenne des bonnes pratiques. En réunissant chercheurs, praticiens et décideurs autour d’une même table, le CSSMB souhaite consolider une culture scientifique au cœur même de ses établissements. L’objectif est de faire de l’égalité des chances une réalité tangible pour les 69 100 élèves, jeunes et adultes, qu’il accompagne. 

Dans un système éducatif confronté à une complexité croissante des défis, le Conseil scientifique se veut ainsi un levier structurant pour observer, guider et agir ensemble avec la conviction que la science, conjuguée à l’expertise du terrain, peut transformer durablement les trajectoires scolaires. 

Partager