Pour comprendre cette distribution surprenante, il faut replacer ces parures dans le système de pensée maya. Là où la tradition occidentale sépare objets et êtres vivants, les Mayas considèrent que les objets sont animés ou ont le potentiel d'être animés. Cela éclaire alors la raison d’être des parures: elles agissent comme des médiateurs entre l’enfant et les forces invisibles qui parcourent l’univers.
Dans la cosmologie maya, ces forces (dieux, vents, entités surnaturelles) ne sont jamais simplement bénéfiques ou maléfiques. Ainsi, la déesse Chak Chel ou Ixchel, une sage-femme âgée, est capable d’apporter des tempêtes qui fertilisent autant que des tempêtes qui détruisent, la vie autant que la mort infantile.
«Les mondes surnaturels étaient très ambivalents. Si les humains n’étaient pas en relation réciproque avec eux, des forces nocives comme des tempêtes ou des maladies pouvaient se manifester», souligne Christina T. Halperin. Dans ce contexte, les ornements ne protègent pas que de manière symbolique: ils créent une relation stabilisatrice entre l’enfant et un cosmos instable.
Sans pouvoir établir une correspondance stricte entre matériau et type de maladie, l’anthropologue montre que les matériaux choisis s’intègrent dans un système symbolique cohérent. Les pierres vertes et la jadéite, par exemple, sont liées à la respiration et à la vie: «Ces pierres représentent la respiration vitale. On voit de petites perles vertes devant le nez ou la bouche dans les iconographies: c’est l’image du souffle», illustre-t-elle. Ainsi, la parure constitue à la fois une protection contre des forces externes et un renforcement du souffle vital de l’enfant.