Isolement disciplinaire en prison: plus dommageable que bénéfique

En 5 secondes Une méta-analyse révèle qu’isoler un détenu pour le punir ne réduirait pas la récidive des comportements répréhensibles et pourrait même les renforcer.
L’effet de l’isolement disciplinaire est globalement nul, voire négatif, à l’échelle des groupes étudiés.

En établissement carcéral, enfreindre les règles peut mener à être placé seul dans une cellule pendant parfois 24, 48 ou 72 heures. Bien qu’il soit fréquemment dénoncé, l’isolement disciplinaire – le fameux «trou» – continue d’être utilisé largement dans les prisons provinciales du Québec. 

En imposant une sanction, on souhaite modifier les comportements répréhensibles (violence, insubordination, possession d’objets interdits, etc.) afin qu’ils ne se reproduisent plus. Mais cette mesure disciplinaire atteint-elle vraiment ses objectifs? 

Voilà qu’une récente méta-analyse remet fortement en question l’efficacité de cette pratique: l’isolement disciplinaire ne réduirait pas la probabilité de commettre des infractions lors de la réintégration dans la population carcérale générale. Il pourrait même l’augmenter.  

«À l’échelle des groupes étudiés, l’effet est globalement nul, voire négatif», indique le DAlexandre Dumais, professeur de clinique au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal, psychiatre à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel et à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et coauteur de l’étude. 

De plus, poursuit-il, lorsqu’étaient comparés des détenus aux profils criminologiques similaires, mais dont certains étaient envoyés en isolement et d’autres non, le risque de comportements inadéquats demeurait plus élevé chez ceux qui avaient été isolés. 

Un contexte qui amplifie la détresse 

L’isolement disciplinaire signifie souvent passer 23 heures sur 24 seul en cellule; les activités sont alors rares, l’accès au téléphone est limité et les contacts sociaux sont réduits au strict minimum. Pour des personnes déjà fragilisées par l’incarcération, la rupture supplémentaire avec l’extérieur, le désœuvrement et l’injustice perçue créent un «cocktail parfait de souffrance psychologique», souligne le DDumais. 

Cet effet est particulièrement marqué chez les individus qui souffrent d’un problème de santé mentale (trouble psychotique, dépression, trouble de la personnalité limite, etc.). «Déjà vulnérables, ils tirent moins de leçons de la punition. L’isolement devient alors un terreau fertile pour la colère, la frustration et la détérioration du bien-être psychologique», fait observer le psychiatre. 

Aussi, rappelle-t-il, nombreuses sont les personnes incarcérées qui ont grandi dans des contextes de vie marqués par des expériences traumatiques, de la violence ou de l’abandon en bas âge. «Ajouter une sanction à ce qu’elles vivent déjà est peu susceptible de transformer durablement leur comportement», estime le chercheur. 

 

Des solutions à portée de main 

Le DDumais le reconnaît: retirer une personne agitée ou perturbatrice permet tout de même de «calmer le jeu» momentanément. Mais ce geste crée une bombe à retardement. 

S’il n’y a pas de solutions simples pour éviter cette escalade, le chercheur considère qu’il existe des avenues dont les conséquences seraient plus positives et, surtout, pérennes. L’idée centrale: remplacer la mentalité punitive par une logique de soins encadrés en santé mentale, dans un contexte où les ressources sont souvent insuffisantes dans les prisons provinciales.  

À ses yeux, il conviendrait, par exemple, de créer des lieux de retrait contrôlés qui permettraient de gérer une période d’agitation sans isoler complètement la personne. Ces lieux pourraient comporter un accès au téléphone, à des intervenants, à des soins et à des activités minimales (lecture, jeux, hygiène). Le psychiatre envisage aussi le recours à des soins à l’extérieur des prisons pour certains détenus, notamment dans des hôpitaux psychiatriques. 

«C’est aussi important d’intervenir rapidement, puisque, en isolement, attendre plusieurs heures pour un besoin de base peut être extrêmement éprouvant», conclut le DDumais.  

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