Maria: une ville côtière face aux transformations

En 5 secondes La professeure Isabelle Thomas et son équipe accompagnent la ville de Maria dans un vaste projet d’adaptation et de transformation de son territoire.
Un cafés-citoyens-résilience

À Maria, petite ville d’environ 2600 habitants en Gaspésie, au cœur de la baie des Chaleurs, la submersion marine et l’érosion côtière déstabilisent le quotidien de la population. Les tempêtes de plus en plus nombreuses forcent les résidants à se poser des questions difficiles. 

Maria a subi plusieurs évènements marquants depuis les deux dernières décennies, notamment à la pointe Verte. En 2023, trois tempêtes consécutives ont frappé de plein fouet le secteur. L’absence de glace l’hiver accentue l’érosion des terrains en bord de mer, et les débris destructeurs charriés par la tempête causent de plus en plus de dégâts, ce qui pose des questions non seulement quant à la sécurité des personnes, des biens, des bâtiments et infrastructures, mais aussi relativement à la viabilité même de ce secteur. 

Dans ce contexte, le ministère de la Sécurité publique a communiqué avec Isabelle Thomas, professeure à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, et son équipe ARIAction afin de travailler sur un scénario de réorganisation spatiale de la municipalité assurant la sécurité des personnes et des biens. «Une réflexion globale est engagée en ce qui concerne l’érosion côtière et la submersion marine. La Ville de Maria, grâce à une dynamique et un courage assez importants, a décidé de travailler avec le ministère de la Sécurité publique pour mettre sur pied un projet qui lui permette de transformer de manière résiliente la collectivité, ce qui améliorera la qualité de vie de ses résidants», raconte-t-elle. 

Calibrer la résilience

Amorcé en 2023, le projet de recherche-action Maria résilience se déroulera jusqu’en mars grâce au travail combiné de la Ville et de l’équipe ARIAction, avec le financement du ministère. «Pour les habitants, travailler avec les universités est un gage de transparence, de stabilité et d’une meilleure communication. C’est important aussi que l’UdeM prenne une place dans les enjeux fondamentaux et dans la formation des jeunes professionnels», croit Isabelle Thomas, qui revenait tout juste d’une mission de travail dans la communauté avec son agente de recherche Coline Ceré. La professeure s’y est rendue pour tenir des «cafés-citoyens-résilience» les 14 et 15 novembre afin d’aider les résidants à imaginer l’avenir de leur collectivité, recueillir leurs idées et valider les scénarios de réaménagement spatial élaborés grâce aux enquêtes et analyses réalisées préalablement. 

L’équipe ARIAction accompagne les acteurs locaux pour assurer une transformation intégrée de la municipalité. Depuis plusieurs années, l’équipe a en effet acquis une expertise et conçu des outils en travaillant avec plusieurs villes (La Nouvelle-Orléans, Saint-André-d’Argenteuil, Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Saint-Raymond, Coaticook, Baie-Saint-Paul, Sainte-Flavie, notamment). 

Avec le projet Maria résilience, c’est la première fois que ces outils mènent à la transformation réelle du territoire. «C’est extrêmement inspirant parce que tout le travail que nous avons accompli ces dernières années sert maintenant à Maria. Il n’y a rien de pire que de mettre au point des méthodes et des outils qui restent sur des tablettes ou dans des rapports. De plus, Maria devient une championne de la résilience et un exemple que d’autres collectivités côtières au Québec et ailleurs pourront suivre», affirme Isabelle Thomas.

Des solutions pour le long terme

Le processus d’accompagnement a commencé par la production de connaissances, pour bien comprendre les enjeux locaux, grâce à une analyse du risque (aléa et vulnérabilité). L’équipe a ensuite évalué la résilience du scénario de réaménagement proposé à l’aide de l’outil Résiliaction et d’une série d’indicateurs. «Ces indicateurs servent à montrer et à quantifier les avantages tant en matière d’environnement que pour la santé des résidants, explique Isabelle Thomas. Quand le contexte met en danger la sécurité des personnes, il est parfois inévitable de déplacer des gens, de réaménager le territoire en le végétalisant. Sur le long terme, cette transformation est nécessaire.» 

Les scénarios proposés par l’équipe s’échelonneront sur le court et le long terme en vue de concevoir une ville habitable, viable et résiliente pour encore plusieurs décennies. Malgré la recharge de plage en cours dans certains secteurs, qui fera gagner du temps (environ 30 ans), les transformations à Maria seront beaucoup plus profondes: adaptation du cadre bâti, déménagement de certains quartiers, renaturalisation, requalification, consolidation, déplacement potentiel de la route 132… «C’est très émotif. Il y a un deuil à faire pour des résidants qui doivent être déplacés et abandonner un bord de l’eau splendide», souligne Isabelle Thomas. Mais ce deuil est essentiel pour assurer leur sécurité à Maria. «Il y a toujours cette dichotomie entre les solutions viables et le lâcher-prise parce que, de toute façon, cet espace sera gagné par la mer, qui continue à s’inviter chez les habitants lors des grandes tempêtes», conclut la chercheuse.

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