Tous les citadins ne vivent pas la ville de la même façon. Pour les personnes à mobilité réduite, un trottoir mal entretenu constitue un frein à la mobilité. Pour les aînés, une signalisation confuse ou un éclairage insuffisant pose des problèmes de sécurité. Pour les membres de la communauté LGBTQ2+, de groupes racisés ou défavorisés, l'absence de symboles de soutien et d’alliance dans certains quartiers peut susciter un sentiment d'exclusion.
C’est pourquoi Rashid Mushkani, étudiant de doctorat à l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal, et son directeur de recherche Shin Koseki ont créé Street Review, une approche mixte qui combine recherche participative et analyse assistée par l'intelligence artificielle (IA) pour cartographier l'inclusivité réelle des lieux publics urbains.
Publié dans la revue Cities, le fruit de leurs travaux s'inscrit dans les recherches menées à la Chaire UNESCO en paysage urbain, financées par le Fonds de recherche du Québec, le Fonds Nouvelles frontières en recherche du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le ministère de l'Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, en collaboration avec Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle.
Des lieux publics devenus essentiels
L'origine du projet remonte à la pandémie de COVID-19, période où les lieux publics ont pris une importance nouvelle. «Nos travaux ont débuté en 2021, à une époque où les endroits publics sont devenus des lieux de refuge, de socialisation et de détente, explique Shin Koseki. Ils sont devenus importants au quotidien pour tout le monde.»
Or, des études réalisées au Canada et en Europe ont révélé que de nombreuses personnes, notamment les nouveaux arrivants et les membres de minorités culturelles, éprouvaient des difficultés à trouver des lieux où ils se sentaient accueillis.
«Nous avons donc collaboré avec des gens de différentes minorités dans le processus d’élaboration des modèles, précise le professeur. Nous les avons sollicités par l'entremise d'organismes qui défendent les droits et intérêts des personnes issues de groupes culturels minoritaires ou racisés.»
Cette démarche de coconstruction visait à inclure des perspectives négligées dans les processus participatifs traditionnels.