Atténuer les blessures de stress post-traumatique dans la police

En 5 secondes Une équipe de recherche propose un programme d’aide psychologique d’urgence adapté aux corps policiers canadiens.
Le programme de gestion des blessures de stress post-traumatique vise les corps policiers, les enquêteurs et le personnel de télécommunication d’urgence.

Étant donné la nature de leur emploi, les travailleuses et travailleurs de la sécurité publique sont exposés, souvent au quotidien, à des évènements potentiellement traumatiques. Les blessures de stress post-traumatique et leurs symptômes associés – comme la dépression, l’anxiété ou encore les troubles de consommation – sont nettement plus fréquents chez ces salariés que dans le reste de la population. 

De 20 à 30 % des policières et des policiers canadiens présenteraient de tels symptômes, alors que leur prévalence dans la population générale au pays se situe autour de 2 %. 

Pour répondre à cet enjeu lourd de conséquences, une équipe de recherche interdisciplinaire et interuniversitaire teste actuellement un nouveau programme de gestion des blessures de stress post-traumatique destiné aux corps policiers, aux enquêteurs ainsi qu’au personnel de télécommunication d’urgence.  

Le projet, conçu en partenariat avec la Sûreté du Québec (SQ), réunit des spécialistes en psychologie clinique, en psychiatrie, en ergothérapie, en criminologie, en sciences infirmières et en sociologie de plusieurs établissements universitaires canadiens, dont l’Université de Montréal. 

«Notre objectif est de transformer la culture organisationnelle autour de la santé psychologique et de fournir des moyens concrets aux premiers répondants pour qu’ils reconnaissent, comprennent et gèrent mieux leurs réactions post-traumatiques», indique Steve Geoffrion, professeur à l’École de psychoéducation de l’UdeM et porte-étendard du projet. 

Une prise en charge globale 

Le programme repose sur trois piliers, pensés à partir d’un projet pilote déjà réalisé avec succès. 

1. Une formation en ligne pour éduquer quant à la santé mentale 

Mise en place avec l’aide du Centre de pédagogie universitaire de l’UdeM, cette formation interactive vise à désigner les réactions normales après un évènement traumatique, distinguer une réponse adaptative d’un signe nécessitant plus de soutien et offrir des stratégies d’autosoins. 

«On est programmé biologiquement pour avoir des réactions de stress post-traumatique. Mais quand elles durent dans le temps, qu’elles altèrent le fonctionnement et la qualité de vie, c’est là que ça devient anormal, que ça blesse. Avec la formation, on souhaite créer une culture organisationnelle qui soit plus sensible aux traumas», explique Steve Geoffrion, également codirecteur du Centre d’étude sur le trauma de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. 

2. L’implantation d’un réseau de pairs aidants  

Plus de 320 pairs aidants seront formés à l’approche des premiers soins psychologiques centrés sur le trauma. Le chercheur a adapté et validé pour les corps policiers cette intervention post-traumatique élaborée par le National Center for PTSD des États-Unis. Les pairs aidants interviennent lorsque les autosoins ne suffisent pas, pour offrir écoute, soutien, normalisation des réactions et stratégies concrètes d’apaisement. 

«Contrairement à une psychothérapie, il ne s’agit pas de traiter, mais d’aider des collègues à traverser une période difficile et de favoriser une adaptation saine», précise-t-il.  

3. Une formation des formateurs pour assurer l’autonomie de la SQ 

Pour rendre le programme durable, l’équipe a formé 10 personnes aux premiers soins psychologiques centrés sur le trauma. Sous la supervision de l’équipe de recherche, elles formeront les 320 pairs aidants à travers la province. 

 

Une aide… qui peut nuire 

Une partie importante du programme consiste à prévenir un accroissement du traumatisme. 

«Après un évènement traumatique, le réflexe courant consiste à demander à la personne ce qui s’est passé, comment elle se sent ou de répéter les détails pour qu’elle puisse “ventiler”. Or, dans les premiers jours, cette approche peut aggraver la mémoire traumatique et renforcer les circuits de stress, un peu comme si le cerveau “consolidait” l’évènement», expose Steve Geoffrion. 

La marche à suivre adéquate, poursuit le professeur, serait plutôt d’adopter une logique basée sur les besoins: diminuer la charge de stress dans les jours suivants, aider la personne à trouver ce qu’elle peut mettre sur pause pour se stabiliser, normaliser les réactions (insomnie, cauchemars, pensées intrusives, etc.), mobiliser le soutien social et éviter les sources de contamination émotionnelle. 

Autant d’interventions qui peuvent être offertes par n’importe quel pair formé, car «elles reposent sur des principes simples, concrets et sécuritaires». 

Et c’est justement sur cette démocratisation des stratégies de soutien que table le programme. «Chez les travailleurs d’urgence, la pair-aidance est souvent plus efficace qu’une intervention professionnelle externe, puisque les collègues comprennent les codes, la culture, les contraintes, la réalité sur le terrain», conclut le psychoéducateur et psychothérapeute. 

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