Décortiquer le rire
Dans ses travaux, l’équipe de recherche a ainsi voulu aller au-delà du «parent qui console» pour s’intéresser au «parent qui fait rire et qui a du plaisir avec son enfant». Son intuition était simple: si les moments positifs renforcent les relations entre adultes, pourquoi n’en serait-il pas de même entre parents et enfants?
Les scientifiques ont observé comment les pères et les mères s’y prennent pour faire rire leurs enfants. Deux grands types de comportements sont ressortis: les contacts physiques (chatouilles, luttes ludiques) et l’anticipation (annoncer l’action, par exemple «Je vais t’attraper!») pour le premier et les jeux de mouvements (danses rigolotes, grimaces) et de sons (chansons ou sons drôles accompagnés de mouvements) pour le deuxième.
Contrairement aux stéréotypes voulant que les pères soient plus physiques et les mères plus douces, les résultats montrent que les pères et les mères se ressemblent beaucoup dans leurs façons de faire rire leurs enfants. Les deux utilisent autant des stratégies comme les jeux de poursuite et les chatouilles que les expressions faciales comiques et les chansons.
Et l’attachement?
Là où les différences entre les mères et les pères apparaissent, c’est dans le lien entre ces comportements, le rire de l’enfant et l’attachement.
Chez les mères, le contact physique et l’anticipation favorisent surtout le rire de l’enfant, mais ce sont plutôt les jeux de mouvements et les sons qui sont associés à un attachement plus sécurisant. Autrement dit, le rire en soi n’est pas directement associé à la qualité de l’attachement.
Chez les pères, en revanche, la chaîne serait plus claire, dans le sens où les comportements ludiques du père mènent au rire de l’enfant qui, lui, renforce un attachement plus sécurisant avec le père.
«Cela laisse entendre que, pour plusieurs enfants, le climat émotionnel joyeux créé par le jeu avec le père a un rôle particulièrement important dans la construction du lien d’attachement. Toutefois, il manque encore des études pour tirer des conclusions définitives», indique Audrey-Ann Deneault.
Un moteur de développement
Selon la chercheuse, les bienfaits du rire chez l’enfant dépassent l’attachement. Sur le plan cognitif, dit-elle, les situations ludiques surprenantes – où l’enfant ne sait pas exactement ce qui va se passer – stimulent la flexibilité mentale. «On apprend alors à moduler ses attentes, à tolérer l’imprévu et à lire les intentions de l’autre», précise Audrey-Ann Deneault.
Sur le plan émotionnel, poursuit la professeure, rire avec un parent crée un sentiment de complicité qui permet à l’enfant de comprendre qu’il peut compter sur cette personne non seulement dans les moments difficiles, mais aussi dans les moments joyeux.
Et si on laissait un peu de côté la performance?
Dans une culture parentale performative (où l’on se soucie constamment de stimuler, d’optimiser et de préparer l’enfant à réussir), Audrey-Ann Deneault souhaite offrir un message rafraîchissant: juste s’amuser avec son enfant, c’est également bénéfique.
«On n’a pas toujours besoin d’activités ultra pédagogiques, de jeux éducatifs coûteux ou de séances d’apprentissage structurées. Courir dans le salon, se poursuivre, faire des grimaces, rire aux éclats sont autant de moments qui nourrissent réellement le lien entre un parent et son enfant, ainsi que le développement», estime-t-elle.
Une façon de revenir à la base.