Lumière sur les besoins des personnes trans et non binaires

En 5 secondes Une étude a examiné les priorités en matière de soins affirmant le genre chez les personnes transgenres et non binaires au Québec. Des résultats qui remettent en question l’accès aux services offerts.
L’hormonothérapie est l'un des besoins médicaux les plus importants dans le parcours de transition des personnes trans et non binaires.

Quand on demande aux personnes trans et non binaires quels sont leurs besoins médicaux les plus importants dans leur parcours de transition, une réponse revient constamment: l’hormonothérapie.  

Selon une étude récente – réalisée auprès de quelque 220 personnes âgées de 26 à 40 ans s’identifiant comme transmasculines, transféminines ou non binaires –, ce besoin arrive en tête dans tous les groupes, peu importe l’âge ou l’identité de genre.  

Pour plus de 95 % d’entre elles, ce sont ces interventions hormonales qui représentent la priorité absolue, devant les interventions faciales, celles sur le haut ou le bas du corps et celles génitales. Pour ces autres types d’interventions, les besoins varient fortement selon le genre, l’histoire personnelle et la manière dont la personne est perçue socialement.  

Cette étude a été menée par Claude Amiot, chercheuse citoyenne, Annie Pullen Sansfaçon, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada ReParE sur la recherche partenariale et l’empowerment des jeunes vulnérabilisés, et Geneviève Fortin, candidate au doctorat en santé publique à l’UdeM.  

«Ce consensus n’est pas si surprenant, croit Annie Pullen Sansfaçon. Comparée aux chirurgies, l’hormonothérapie est généralement considérée comme moins invasive, plus progressive et partiellement réversible. Elle est souvent perçue comme une importante première étape d’une transition médicale.»

Une accessibilité limitée

Si cette étude met en lumière les véritables besoins des personnes trans et non binaires en matière d’interventions permettant d’affirmer le genre, elle fait aussi émerger une question: ces besoins sont-ils satisfaits? 

Selon l’équipe de recherche, l’hormonothérapie n’est pas pleinement accessible. Sur le plan financier, elle est couverte par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), ce qui la rend théoriquement plus abordable que plusieurs interventions chirurgicales. Mais dans la pratique, l’accès est loin d’être équitable. 

D’abord, les barrières géographiques sont particulièrement marquées. «En région, amorcer une hormonothérapie peut s’avérer extrêmement complexe, explique Claude Amiot, une femme qui a fait sa transition au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il manque de spécialistes, donc on se fait diriger vers les grands centres, ce qui rend les déplacements coûteux et chronophages.» 

À ces obstacles s’ajoutent des barrières moins visibles, mentionne Geneviève Fortin. On parle alors de stigmatisation, de peur d’être mal accueilli et de méfiance à l’égard d’un système de santé qui n’a pas toujours été sécurisant pour les personnes trans.  

Par ailleurs, les chirurgies plus lourdes impliquent des arrêts de travail prolongés, des déplacements, des soins postopératoires. Or, une proportion importante des personnes trans au Québec vit avec des revenus modestes, rappelle Annie Pullen Sansfaçon. 

«Pour les individus isolés, notamment les personnes aînées trans, ces contraintes deviennent parfois insurmontables. L’absence de réseau, combinée avec la précarité financière, transforme un droit théorique en obstacle concret», fait remarquer Claude Amiot. 

Des enjeux de sécurité et de santé mentale

Un exemple revient avec force dans l’étude, soit celui de l’épilation laser du visage chez les femmes trans. Officiellement classée comme une intervention esthétique, elle n’est pas couverte par la RAMQ. Pourtant, pour de nombreuses femmes trans, il ne s’agit ni de confort ni de coquetterie. 

«La présence de poils sur le visage peut exposer à la transphobie, au harcèlement et même à la violence. Elle affecte l’identité, la sécurité et la santé mentale», indique Annie Pullen Sansfaçon. Être «reconnaissable comme personne trans» dans l’espace public n’est pas une expérience neutre, c’est parfois un risque quotidien, renchérit Claude Amiot.  

Dans ce contexte, qualifier ces soins d’«esthétiques» revient à invisibiliser leur rôle essentiel dans la réduction de la dysphorie et la protection des personnes, martèle l’équipe de recherche. 

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