Génération Z: comment former les futurs médecins et les préparer à ce qui les attend

En 5 secondes La formation, le recrutement et le maintien de la relève en médecine sont au cœur des priorités. Encore faut-il connaître ses valeurs, ses besoins et ses forces pour mieux l’accompagner.
Véronique Castonguay et Ahmed Moussa

Les Drs Véronique Castonguay, directrice du Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé, et Ahmed Moussa, directeur du Centre de recherche en pédagogie de la santé, deux unités de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, s’intéressent de près à cette nouvelle génération d’apprenantes et d’apprenants en médecine afin d’adapter les approches pédagogiques à leurs réalités.

Questions Réponses

Qu’est-ce qui caractérise les futurs médecins de la génération Z?

Véronique Castonguay: Ils cherchent une cause dans laquelle s’engager et veulent participer de façon concrète à l’avancement de la société. Les valeurs sont centrales pour eux, qu’il s’agisse de la santé planétaire, de l’équité ou de la justice sociale. Le domaine de la santé leur offre cette possibilité d’avoir une influence réelle sur la vie des gens. Ils arrivent dans nos programmes avec le désir manifeste de changer le monde. 

Contrairement aux Y, souvent perçus comme plus centrés sur eux-mêmes, les Z sont ouverts sur le monde et souhaitent agir à grande échelle. Ils cherchent moins à s’engager dans une organisation qu’à épouser une cause qui leur ressemble. Beaucoup d’articles les dépeignent de manière négative – woke, flake… Il faut aussi reconnaître leurs forces. Comme enseignants, notre rôle est de nourrir cette passion malgré les défis du système de santé. Il faut leur insuffler le courage de persévérer et de réaliser leurs idéaux.

En quoi les Z diffèrent-ils des générations précédentes?

Ahmed Moussa: Les Y prônaient l’équilibre travail-famille-loisirs. Les Z vont plus loin: pour eux, le mieux-être touche toutes les sphères de la vie. Ils veulent contribuer à rendre leur milieu de travail plus sain et plus humain. C’est un peu le retour du balancier: après les X pour qui le travail passait avant tout et les Y qui ont misé sur la conciliation, les Z cherchent à ramener un équilibre plus global.

Véronique Castonguay: Je les trouve aussi plus stables en emploi. Les Z veulent s’engager durablement. Côté défis, ils ont parfois été surprotégés et surencadrés par des parents «hélicoptères». Ils peuvent donc sembler moins autonomes, mais ils ont simplement besoin qu’on leur donne des balises claires. Ils paraissent aussi plus anxieux, parfois moins à l’aise avec la communication, la gestion des conflits ou celle du temps. Notre défi, comme enseignants, est de leur apprendre à devenir pleinement responsables de leurs patients et de leurs décisions. Ils en sont capables; il faut leur faire confiance et les outiller.

Le nouveau programme de médecine tient-il compte de ces réalités?

AM: Oui. Le programme a été revu en profondeur pour donner plus de sens à chaque volet. Un nouveau thème, l’identité professionnelle du médecin, regroupe des compétences comme le leadership, le mieux-être et les humanités en santé – autant d’éléments qui rejoignent les valeurs des Z. Le renouveau se reflète surtout dans les contenus et les priorités, davantage que dans les méthodes.

VC: On sait que les étudiantes et étudiants de la génération Z, très connectés, ont parfois moins l’habitude du travail d’équipe. L’apprentissage en groupe – et en présentiel! – leur permet de développer ces habiletés essentielles. Le programme comprend aussi des cours de communication et de collaboration. Bref, le nouveau programme est plus en adéquation avec les défis qui les attendent.

Comment forme-t-on à enseigner à cette génération?

VC: Nos formations professorales abordent des thèmes comme la supervision, la rétroaction et la communication, mais aussi les différences générationnelles. Les enseignantes et enseignants y participent volontairement: ils perçoivent le changement et cherchent à mieux comprendre leurs classes. Nous les sensibilisons à l’importance de favoriser l’autonomie des apprenantes et des apprenants, et de résister à la tentation de tout faire à leur place!

AM: Nous travaillons aussi sur le contenu des cours – comment enseigner le leadership, l’identité professionnelle ou le mieux-être de manière structurée. Il s’agit de donner aux membres du corps enseignant des repères concrets pour aborder ces compétences avec la nouvelle génération. Notre rôle, c’est de les aider à grandir et à transformer leurs défis en forces.

Est-ce la première fois que l’enseignement s’adapte explicitement à une génération?

VC: On l’a vécu avec les Y – j’en fais partie! –, mais les défis ont évolué. L’Université a fait un réel effort pour cibler les besoins en formation et mieux y répondre. Le fait de comprendre que certaines tensions sont générationnelles change tout. Aucune génération n’est meilleure qu’une autre; elles sont simplement différentes. Reconnaître ces dynamiques permet de mieux saisir les écarts de perception entre professeurs et étudiants.

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