Réfléchir à la façon dont on écoute le jeu vidéo et en faire une comparaison avec la manière dont on écoute de la musique? Pour Hugo Angel, c’est pratiquement un rêve qui devient réalité, puisque ce projet de doctorat lui permet de conjuguer ses deux passions.
Musicien classique titulaire d’une maîtrise en musique et musicologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès, il a enseigné pendant cinq ans le solfège, le piano, la flûte traversière et l’éveil musical en France.
Puis, grand amateur de jeux vidéos depuis qu’il est tout petit, il a entrepris une formation professionnelle en son et création sonore pour travailler dans l’industrie. Or, après un stage de six mois dans une entreprise, il s’est demandé si c’était vraiment ce qu’il voulait faire dans la vie. Il a finalement occupé pendant quelques années un poste dans l’administration à l’Université Toulouse-Jean Jaurès.
«Ça m’a permis de prendre du temps pour me recentrer et j’y ai côtoyé des professeurs-chercheurs, raconte-t-il. En même temps, ma meilleure amie se préparait à se lancer dans une scolarité de doctorat sous la direction de Serge Cardinal, de l’Université de Montréal. Un jour qu’il était de passage en France, elle me l’a présenté et il a aussi accepté de me prendre comme étudiant.»
Professeur titulaire au Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels, Serge Cardinal étudie ce que la musique peut nous apprendre du cinéma et inversement. Avec Hugo Angel, l’accent sera mis sur le jeu vidéo.
Analyser l’écoute sous l’angle philosophique
C’est donc toute la notion d’écoute du jeu vidéo et de la musique classique qu’Hugo Angel passera au peigne fin dans son doctorat. «Je veux voir comment ces deux écoutes peuvent s’interroger, s’enrichir l’une l’autre», dit-il.
Il fera son analyse en utilisant le concept d’écoute rhizomique, qu’il a élaboré durant sa maîtrise en 2021 en empruntant à la philosophie de Gilles Deleuze l’idée du rhizome.
Cette approche consiste à écouter les éléments de manière non hiérarchique, sans chercher de point central ou de structure de pensée unique. C’est un modèle – à l’image du rhizome – où tout élément peut influencer les autres, un peu comme l’arbre le fait, où le tronc est à l’origine de plusieurs branches.
«Est-ce qu’il y a une manière d’écouter de la musique classique comme si l’on jouait à un jeu vidéo? Est-ce qu’il y a une manière de jouer à un jeu vidéo comme si l’on écoutait de la musique classique? Je me demande également si ce qu’on écoute peut être un vecteur d’engagement, au sens vital et philosophique du terme, dans l’objet d’art», remarque Hugo Angel.
Le doctorant creusera notamment la piste du pianiste canadien Glenn Gould, décédé en 1982, qui a écrit sur l’auditeur artiste. «L’auditeur s’engage dans l’œuvre, la recompose, la transforme, se la réapproprie, ce qui le met presque à égalité avec le musicien sur scène, explique-t-il. Il y a un échange pour créer des œuvres ensemble. On sort de la définition traditionnelle du concert. Est-ce que cet auditeur artiste existe dans le jeu vidéo? Et le jeu vidéo peut-il permettre de conceptualiser l’auditeur artiste dans la musique?»
De la philosophie au concret
Si le projet de doctorat que mène Hugo Angel au laboratoire La création sonore: cinéma – arts médiatiques – arts du son a un fondement très philosophique, l’étudiant garde un pied dans le concret. La Bourse de la montagne est un gros coup de pouce qui lui permettra d’aller au fond des choses.
«Ce type de doctorat demande de faire énormément de lecture et de prendre du temps pour réfléchir, indique-t-il. Puis, je souhaite aller discuter avec des joueurs de jeux vidéos. La Bourse me permettra de faire tout cela tout en ayant des activités pour reposer mon cerveau et garder une bonne santé mentale.»
Il réalise aussi qu’il doit faire preuve d’un grand sens de l’organisation pour arriver à ses fins. Et développer la capacité de se remettre continuellement en question.
«Des idées paraissent très bonnes une journée, puis le lendemain, elles semblent idiotes, observe-t-il. Il faut toujours se questionner, chercher plus. Pour y parvenir, c’est très important de savoir communiquer et réseauter. Il faut toujours être en position d’apprendre, que ce soit des doctorants plus expérimentés ou des professeurs.»
Dans l’avenir, au-delà de la carrière de professeur-chercheur, Hugo Angel n’exclut pas la possibilité de retourner du côté des entreprises de jeu vidéo. «Je pourrais certainement explorer de nouveaux territoires, notamment en création sonore, à la lumière de mes travaux de doctorat», conclut-il.