Raquel Fernandez s’intéresse aux habitations collectives pour femmes

En 5 secondes Raquel Fernandez, étudiante de doctorat à la Faculté de l’aménagement, obtient une Bourse de la montagne pour ses travaux sur les habitations collectives pour femmes.
Raquel Fernandez

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Bourses de la montagne Article 6 / 6

Il existe très peu d’habitations collectives pour femmes au Québec et au Canada. Si Raquel Fernandez en est venue à les étudier, c’est en raison de son parcours atypique.  

Après avoir été entrepreneuse générale dans les secteurs résidentiel, commercial et institutionnel pendant 15 ans, elle a suivi des études en design de l’environnement. En 2023, elle a entamé une maîtrise en aménagement à l’Université de Montréal sous la direction d’Olivier Vallerand, professeur à l’École de design. Elle s’est alors intéressée à la façon dont l’environnement bâti influence les sentiments de sécurité et d’appartenance des femmes à Montréal. Elle a ensuite fait un passage accéléré vers le doctorat afin d’étudier les habitations collectives pour femmes comme une option féministe intersectorielle pour le logement.  

«Mon expérience en entrepreneuriat a influencé mes études parce que j’ai vu les bonnes choses et les limites de ce qui se fait en logement social», explique-t-elle. Le choix de son sujet est en outre directement lié à son parcours personnel. «Comme femme queer, fille d’immigrants et mère d’une adolescente inuite de 15 ans adoptée à huit mois, puis élevée dans une famille homoparentale, l’aspect de la sécurité est très important», poursuit-elle.  

 

Des habitations autogérées par les femmes  

Dans ses travaux, Raquel Fernandez remarque qu’on parle d’habitations collectives depuis les années 1970, mais toujours un peu dans la marge. Puis, il y a eu une effervescence dans les années 1980 et, dès 1990, plus rien. Elle a souhaité y revenir dans le contexte actuel de la crise du logement.  

Par «habitations collectives pour femmes», on entend des résidences autogérées par des femmes avec un aspect collectif. «Il y a généralement dans ces habitations une répartition du travail et un espace collectif, mentionne la doctorante. Il y avait aussi souvent au départ des garderies collectives. Bien sûr, les femmes de ces habitations ont des fils et des conjoints, mais à la base, ce sont des lieux féministes créés et gérés par les femmes et pour les femmes.» 

En plus des quatre qu’elle a trouvées au Québec, elle s’intéresse à celles qui ont pignon sur rue dans le reste du Canada, soit une vingtaine après que plusieurs ont fermé. «J’aimerais savoir pourquoi et quels sont les éléments qui jouent un rôle dans la pérennisation», dit-elle. 

Raquel Fernandez aborde également l’inclusion. «Je me demande comment ces milieux sont influencés par l’évolution de la société, notamment en matière d’inclusion des personnes de la diversité des genres et par le mouvement LGBTQ+, indique-t-elle. Est-ce qu’il y a des dynamiques de pouvoir qui ont été transférées dans ces milieux?» 

 

Offrir une perspective nouvelle 

La crise du logement doit être vue sous différentes perspectives, d’après Raquel Fernandez. «Si on la regarde comme une crise genrée, on réalise que les mères chefs de familles monoparentales, les personnes LGBTQ+, les femmes racisées, les femmes immigrantes et immigrées, de même que les femmes âgées ont plus de difficultés à trouver un logement, énumère-t-elle. D’autant plus que, à la base, les femmes en général gagnent moins que les hommes.» 

Elle pense que les bons côtés de ces habitations collectives pour femmes pourraient bénéficier au logement communautaire et abordable. «Si ces habitations sont bonnes pour les femmes, probablement qu’elles le seraient pour d’autres groupes de personnes dont les expériences et les voix sont fréquemment invisibilisées, comme les immigrants. Une forme d’autonomisation vient avec ce modèle», observe-t-elle. 

Pour réaliser son projet, elle travaille avec les résidantes de ces habitations, qu’elle considère comme des cochercheuses. «Nous ferons tout ensemble, même les recommandations, précise Raquel Fernandez. Je souhaite mettre de côté mon pouvoir de chercheuse pour qu’il y ait le moins possible de hiérarchie afin de faire ressortir leur voix.» 

En recevant une Bourse de la montagne, elle sent que sa façon de voir les choses est reconnue. «Ce soutien financier me donne aussi le luxe de choisir cette approche collaborative, qui demande beaucoup de temps», souligne-t-elle.  

La doctorante doit également toujours avoir une bonne écoute – la base de la communication – et faire preuve d’intégrité pour mener son projet à terme. Puis, elle devra affirmer son leadership pour qu'un changement s'opère. 

«L’objectif, c’est la transformation sociale, conclut-elle. Je pense que mes talents et mes capacités pourront servir comme consultante ou conseillère dans des instances communautaires ou parapubliques, des endroits où les voix comme la mienne ne sont pas toujours présentes.» 

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