Un nouvel outil pour mesurer la santé de nos environnements alimentaires

En 5 secondes Le Food Environment Assessment Tool in Store propose d’évaluer la qualité de l’offre alimentaire dans les épiceries canadiennes.
L'avancée du FEAT-S repose entre autres sur son étendue d'analyse.

Face à l'insécurité alimentaire, une équipe de recherche a créé un instrument pour évaluer les environnements alimentaires. Le Food Environment Assessment Tool in Store (FEAT-S) permet de faire une évaluation exhaustive de ce qui est réellement offert aux consommateurs, qu’il s’agisse d’aliments sains ou de ceux qui le sont moins. 

Ce projet a été principalement réalisé par Fabrice Mobetty, alors qu’il étudiait au doctorat en nutrition à l’Université de Montréal sous la supervision des professeurs Geneviève Mercille et Malek Batal. Il s’inscrit dans l’étude Food, Environment, Health and Nutrition of First Nations Children and Youth (FEHNCY), une initiative pancanadienne visant à améliorer la santé nutritionnelle et la santé environnementale des jeunes des Premières Nations. 

 

Évaluer six dimensions de l’environnement alimentaire

L'idée de concevoir cet outil est née de la limite des instruments précédents, comme le Panier de provisions nutritif de Santé Canada, qui ne permettait d’évaluer que deux dimensions dans les épiceries: la disponibilité des aliments et leur prix. Or, notamment pour les Premières Nations, qui sont largement touchées par l’insécurité alimentaire ainsi que par l’obésité et le diabète, cette évaluation limitée n'était plus suffisante. 

L’objectif était donc d’«élaborer un outil un peu plus robuste pour pouvoir caractériser les environnements alimentaires et d’apprécier les interactions entre la disponibilité des aliments dans une localité et certains problèmes de santé de ces populations», explique Fabrice Mobetty. 

L’équipe a repris le Panier de provisions nutritif de Santé Canada, qui calcule la valeur de 57 aliments nutritifs, et l'a enrichi. La nouveauté réside dans l’ajout des aliments ultratransformés, ceux qui ne sont pas recommandés par le Guide alimentaire canadien, mais qui demeurent largement consommés au pays. Au total, le FEAT-S mesure 70 aliments, dont 13 aliments ultratransformés. 

L'avancée du FEAT-S repose également sur son étendue d'analyse. Cet outil permet ainsi d’évaluer six dimensions de l’environnement alimentaire: la disponibilité des aliments, le prix, la qualité, la variété, l'espace de stockage et les éléments de promotion. 

Pour garantir la crédibilité du FEAT-S, l'équipe a mené un rigoureux processus de validation en quatre étapes, qui comprenait des tests pilotes à Montréal et dans la communauté de Kanesatake. L'évaluation par neuf spécialistes en environnement alimentaire a permis d'obtenir une validité du contenu de l’outil de 0,92, ce qui «indique que le contenu de l’outil est excellent». La fiabilité de l’outil a été évaluée ainsi que son caractère pratique à travers des tests par les utilisateurs.  

Mesurer l’environnement alimentaire des Premières Nations

L'étude, qui s'adresse à toutes les communautés canadiennes, s’est concentrée sur les Premières Nations. Celles-ci dépendent «fortement des aliments vendus dans les épiceries», mentionne Fabrice Mobetty, notamment «parce que l'accès aux aliments autochtones traditionnels est rendu difficile pour plusieurs raisons, comme les contaminations des sols et des eaux, les effets des changements climatiques et les restrictions gouvernementales limitant l’accès à certains territoires».  

Des études antérieures ont révélé que certaines Premières Nations «se plaignent de la qualité des aliments qui sont vendus dans les épiceries, soit des aliments de qualité moindre et aux prix très élevés. Et pour comprendre les interactions entre la sécurité alimentaire et la santé des Premières Nations, il est important de comprendre également à quoi elles ont accès en termes d'alimentation. Quels sont les aliments qui sont accessibles autour d'elles? Est-ce que ces aliments sont plus proches ou plus loin? Du point de vue financier, est-ce qu'elles peuvent se permettre de les acheter? Et quelle est la qualité de ces aliments-là?» poursuit le chercheur en nutrition.

Recueillir les données sur le terrain

L’équipe de recherche recueille en ce moment des données dans plusieurs communautés des Premières Nations, toujours dans le cadre de l’étude FEHNCY. Une fois l'accord obtenu du conseil de bande, l'équipe détermine quels commerces évaluer en se basant sur un questionnaire dans lequel les familles participantes ont indiqué dans quels commerces elles effectuent leurs achats alimentaires le plus fréquemment. «Les gens parcourent parfois “des centaines de kilomètres” pour se ravitailler dans un centre urbain», observe Ariane Lafortune, professionnelle de recherche. Le FEAT-S permet de comparer l'environnement alimentaire dans une communauté par rapport à ce centre de référence dont on suppose l'accès plus facile. 

L'évaluation se fait via une grille d'observation sur tablette et demande l’utilisation d’un ruban à mesurer pour déterminer l’espace alloué à certains produits. Bien que l'outil ait été conçu pour être simple à utiliser (l’évaluation d’un magasin demande environ une heure et quart après formation), l’équipe doit parfois s'adapter aux réalités locales. Par exemple, dans un petit commerce, les prix des aliments n’étaient pas affichés. «Le gérant nous a dit de prendre un panier et d’y mettre les 70 produits soumis à l’évaluation. Ensuite, il nous a suggéré de nous placer en retrait à une caisse pour qu’un employé balaie les codes-barres des articles et que nous notions les résultats au fur et à mesure», raconte Ariane Lafortune. 

De premiers résultats à analyser

Même si l’étude est en cours, de premiers résultats apparaissent. Bien qu'on s'attende, comme le déclare Geneviève Mercille, «à ce que le prix d'un panier d'épicerie dans une petite communauté plus rurale soit tout le temps très élevé», ce n'est pas systématiquement le cas pour toutes les catégories d'aliments. Ainsi, dans une communauté, les 13 aliments ultratransformés pris en compte étaient plus chers à l'intérieur de la communauté qu'à l'extérieur. 

Pour interpréter ces résultats, la collaboration est essentielle. «Quand on fait des mesures d'environnement, on ne fait pas ça tout seul. Ce n'est pas un travail en vase clos. Il y a une interprétation qui se fait avec la communauté», poursuit Geneviève Mercille. Par exemple, si les fruits sont moins chers, cela pourrait être une stratégie des commerçants pour «assurer une rotation rapide des produits et ainsi éviter qu'ils se dégradent». 

En permettant d’établir un profil précis de l'environnement alimentaire dans diverses communautés du pays, le FEAT-S vise à produire des données solides pour de futures politiques publiques. 

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